Libre circulation : L’intégration en marche entre le Togo et la RCA

Les deux pays viennent de supprimer les visas entre eux, suivant ainsi les recommandations de l’Union africaine sur la libre circulation des personnes et des biens sur le continent.

L’Afrique est l’un des continents les plus sévères en matière d’obtention d’un visa d’un pays à l’autre. Les formalités sont nombreuses, compliquées, incohérentes. En juillet 2016, l’Union africaine a décidé de lancer le passeport africain. Malheureusement, ce passeport qui ne concerne pour l’heure que les chefs d’Etats et certains diplomates, a vite refroidi les espoirs de l’africain lambda qui devra encore attendre pour obtenir le précieux sésame lui permettant de voyager dans toute l’Afrique.

Mais dans un environnement coopératif et libre-échangiste grandissant, une autre lueur d’espoir s’est ravivée entre 2016 et 2017 avec un changement de perception de plusieurs pays africains qui ont décidé de supprimer les restrictions de visa. Le dernier en date remonte au 29 juillet 2018 entre le Togo et la Centrafrique qui ont signé un document qui consacre leur marche bilatérale vers l’intégration.

Désormais, tous citoyens togolais et centrafricains, détenteurs de passeport diplomatique, de service ou ordinaire, pourront, entrer, sortir ou transiter via l’un des deux pays, sans visa. Une décision qui intervient en marge du premier Sommet de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et de la CEEAC (Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale) sur le terrorisme et l’extrémisme violent, qui a débuté ce 30 juillet à Lomé au Togo.

Plusieurs autres pays africains sont aussi librement accessibles aujourd’hui aux ressortissants du continent. Le Kenya marche ainsi sur les pas du Ghana, pays de l’Afrique de l’ouest qui a supprimé les visas pour un tiers des pays membres de l’Union africaine, et délivre les visas à l’arrivée aux deux tiers restants. Même logique au Sénégal qui applique cette procédure avec 42 pays africains ou encore au Rwanda où le gouvernement délivre depuis 2013, des visas à l’arrivée à tous les Africains.

Au Benin, 30 pays de toutes les régions du continent africain sont désormais exemptés de visa pour fouler le territoire pour des séjours de moins de 90 jours. Au Seychelles, précurseur en termes de libre-circulation, pas besoin de visa pour accéder à l’île, sauf quelques conditions à remplir.

Priorité au développement

Cette exemption de visa permet d’accélérer le développement économique du continent, les flux de travailleurs qualifiés, les échanges sur le plan financier avec des mouvements de capitaux, et booster le tourisme d’affaires sachant que le secteur touristique est un grand pourvoyeur d’emplois, notamment pour les femmes et les jeunes.

À ce jour, quatre groupes sous régionaux ont également acté l’intégration. La CEDEAO en Afrique de l’ouest, la SADC en Afrique du Sud, et l’EAC en Afrique de l’Est appliquent la politique de suppression des visas depuis bien d’années.

Jusque-là réfractaire à cette donne, l’Afrique centrale (CEMAC) s’est enfin décidée à sauter le pas en fin octobre 2017. Les six pays du groupement  (Tchad, Centrafrique, Cameroun, Gabon, Congo et Guinée équatoriale) ont exempté leurs citoyens de visa. Mettant ainsi fin à des négociations laborieuses entamées il y a plus de quinze ans.

Par Hermine Anenigne