Eric Manoungui: “Les logiciels donnent une célérité dans la gestion des différents aspects de l’Etat”

Spécialiste de conception des logiciels, cet ingénieur camerounais en Télécom revient sur l’importance des logiciels, leur apport économique et le rôle qu’ils jouent dans le fonctionnement administratif d’un Etat.

1-       Quelle est la place des logiciels dans le fonctionnement d’un Etat de nos jours en Afrique ?

 Le logiciel a un rôle très important dans le fonctionnement de l’administration de l’Etat. En effet, celui-ci permet de rendre une administration plus compétitive. Beaucoup de pays l’ont compris depuis. Par exemple, il est plus aisé de lutter contre la cybercriminalité par des logiciels qui sont plus appropriés à traquer les cybercriminels. C’est donc un outil qui vient donner une grande célérité dans gestion des différents aspects de la vie d’un Etat.

2-       L’expansion de la téléphonie mobile en Afrique et l’amélioration du haut débit, présentent le potentiel d’élargir la possibilité de tirer profit des TIC pour contribuer au développement des pays africains. Pourtant les choses ne semblent pas décoller. Qu’est ce qui selon vous fait problème ?

 La plupart des pays africains ont un problème d’accès à Internet. Quand ils ont la chance de l’avoir, la qualité n’est pas très bonne. Mais il y a certains pays africains qui sortent du lot du comme le Gabon, le Rwanda, le Sénégal, l’Afrique du Sud d’être bien d’autres. Mais le problème de la qualité du débit internet reste un problème majeur pour l’essor de l’économie numérique sur le continent.

3-      Selon certaines estimations, l’Afrique dépense plus de 100 milliards de dollars chaque année pour l’achat des logiciels et des services informatiques. Comment le continent Noir peut-il s’y prendre pour réduire systématiquement cette perte ?

Les Etats africains ne font pas toujours confiance à l’expertise locale pourtant de bonne qualité. Pour limiter cette fuite massive de devises, les gouvernants doivent faire confiance à l’expertise locale. Par exemple le Cameroun dépense plusieurs milliards de FCFA pour l’identification nationale de ses citoyens par des opérateurs étrangers. Pourtant j’ai mis en place, un logiciel similaire avec les mêmes performances pour un coût beaucoup plus réduit que ce que mon pays dépense. Mais les autorités en charge préfèrent faire confiance à un étranger qu’à un Camerounais ou à une entreprise camerounaise.

4-      En 2016 vous avez créé un logiciel d’automatisation des données d’Etat civil. De quoi s’agit-il ?

 C’est un logiciel qui est basé sur la dématérialisation du fichier d’Etat civil permettant ainsi de limiter les fraudes et les questions de double identité. Outre le souci de transparence, il permet aussi de gagner en efficacité dans le traitement des demandes. Le logiciel vise à simplifier les démarches de délivrance d’extrait d’actes d’état civil, d’accroitre la rapidité, la sécurisation et l’archivage des données.

5-      Justement depuis des lustres, les autorités de votre pays le Cameroun, cherchent les voies et moyens pour sécuriser l’Etat civil. Une structure a même été créée à cet effet. Mais jusqu’ici les résultats se font toujours attendre. Comment ce logiciel peut-il répondre aux préoccupations du Cameroun dans ce sens ?

Comme je vous le disais, les gouvernants africains ne mettent pas toujours à contribution l’expertise locale. Ceci étant, le but de chaque concepteur est de voir son produit se consommer dans son pays. Moi je reste donc disposé à aider mon pays s’il sollicite mon expertise.

 L’Afrique est un vaste marché de plus d’un milliard et demi d’habitants. Avec une demande sans cesse croissante en logiciel et services informatiques de plusieurs centaines de milliards de dollars. Qu’attendez-vous des pouvoirs publics africains pour satisfaire cette demande sans avoir recours aux marchés étrangers ?

 Nous attendons que nos dirigeants aient confiance à notre ingéniosité et qu’ils nous accompagnent financièrement pour être à la hauteur de leur attente et leur permettre de limiter les dépenses trop exorbitantes liés à cet effet.

Propos recueillis par Simon METSENGUE