François-Gérard Mintunu : « Il y aura beaucoup de distinctions comme au festival de Cannes»

Le sous-directeur de la Cinématographie, des Normes et des Contrôles au ministère camerounais de la Culture revient sur les contours de la 5ème édition des Trophées  francophones du cinéma que le  Cameroun accueille du 4 au 16 décembre 2017. Il jette également un regard sur les difficultés que le cinéma africain rencontre

Après la France, le Sénégal, la Côte d’Ivoire et Liban, les 5èmes Trophées francophones du cinéma se tiennent au Cameroun depuis le 4 décembre. De quoi s’agit-il ?

Les Trophées francophones du cinéma est un festival organisé par l’Organisation internationale de la francophonie et la chaine TV5.  C’est une plateforme d’échanges entre les professionnels afin de stimuler la dynamique de la filière cinéma et audiovisuelle du pays d’accueil, à travers l’organisation d’évènements associés. Les films nominés reçoivent également des distinctions.  Le Cameroun accueille la 5e édition de cet évènement parce qu’il a pour ambition  de relever et valoriser le cinéma camerounais. Les quatre éditions précédentes ont respectivement eu lieu en France, au Sénégal, en Côte d’Ivoire et au Liban. Donc, après cette manifestation, le cinéma camerounais gagnerait à être connu à une dimension internationale. Les Trophées francophones du cinéma ne se limitent pas seulement aux projections officielles. Il y a des projections spéciales c’est-à-dire des films camerounais par exemple qui seront projetés en atelier et d’autres dans des quartiers. Et autour de toutes ces projections officielles et spéciales, il y a ce qu’on appelle des activités connexes. Des tables rondes et ateliers où sont débattus des sous thèmes concernant le cinéma. Au Cameroun, quatre villes accueillent l’évènement dont Yaoundé, Douala, Buea et Garoua. Vous voyez qu’on a pratiquement pris tous les grands airs du pays.

Quelle est l’innovation ou alors la spécificité de cette cinquième édition ?

Nous ne pouvons pas parler d’une innovation en tant que telle parce que déjà lors des précédentes éditions, nous n’y étions pas. Mais à notre niveau, ça doit certainement être l’organisation de ces évènements associés puisqu’ils nous ont dit que lors des éditions précédentes, il n’y avait pas des éléments que je viens d’évoquer, mais juste des projections officielles. Donc l’innovation au Cameroun c’est peut-être la tenue des ateliers, conférences, tables rondes qui concernent la production du cinéma, l’économie du cinéma  bref tout ce qui gravite autour du cinéma et l’audiovisuel.

Des récompenses sont prévues au terme de cet évènement. Parlez-nous des distinctions et des critères de sélection des candidats…

Pour les distinctions, il y en aura beaucoup comme au festival de cannes. Je citerai par exemple le meilleur réalisateur, le meilleur producteur, le meilleur scripteur et ainsi de suite. Mais il y aura une particularité que je ne peux pas encore dévoiler. Elle aura lieu le 16 décembre prochain au palais des congrès lors de la grande soirée de Gala. Pour ce qui est des critères de sélection, sachez que les films n’ont pas été choisis par le Cameroun parce que nous ne sommes que co-organisateur. Les films ont été choisis et sélectionnés par les trophées francophones du cinéma et TV5 monde. Nous seront plutôt au jury pour primer ces films qui sont nominés. Dans leur choix, il y a quand même trois films camerounais dont deux courts métrages et un documentaire. Le film « Ma patrie d’abord » de Thierry Ntamack en fait partie. Ce jeune réalisateur est le porteur du cinéma camerounais maintenant. Nous avons fait de lui l’ambassadeur  du Cameroun de la  jeune génération des cinéastes pour l’instant. Il y aura donc des prix à décerner aux dix meilleures productions sur  65 productions nominées. Il y a aussi la remise d’un trophée d’honneur à une icône du cinéma camerounais. Toutes ces distinctions seront remises lors de la soirée de gala qui sera diffusée sur la chaîne de télévision nationale et sur l’ensemble des réseaux de TV5 Monde.

Quels sont les pays en Afrique francophone en compétition avec le Cameroun ?

Je voudrai tout d’abord lever une équivoque. Les trophées francophones du cinéma ne veulent pas dire que ce sont les trophées des films uniquement francophones. Mais c’est une organisation qui a pour ambition de promouvoir les films des pays qui ont la langue française pour expression. Donc vous allez trouver des films en Wollof (Langue parlée au Sénégal, Ndlr), en anglais mais qui sont sous titrés en français et vice versa. Donc c’est un mélange de langue. Ce n’est pas forcément la langue française. C’est la raison pour laquelle vous avez vu, on a choisi aussi Buea parce qu’il y a des films en anglais en projection spéciale qui vont être diffusés là-bas. Nous sommes un Cameroun uni et indivisible. Nous sommes bilingues. Pour ce qui est des pays en compétition avec le Cameroun, il y a le Mali, le Sénégal, le Burkina Faso, La Côte d’Ivoire en Afrique mais il y en a plusieurs autres pays en compétition membre de la francophonie.

Quelles sont les attentes du Cameroun en tant que co-organisateur de cet évènement ?

Nous espérons que les films camerounais aient les trois meilleurs prix. C’est vrai qu’il y a des films chocs en compétition faits par des grands réalisateurs, nous n’avons pas de doute à propos des nôtres. Mais ce que nous allons faire tout au long de ce festival, c’est booster les compétences des uns et des autres parce qu’il y a un volet formation dans nos activités.

Economiquement parlant, que gagne le Cameroun en abritant un tel évènement?

Le Cameroun va beaucoup gagner. Il  y a en moyenne 200 participants VIP qui viendront de tous les coins et logeront dans nos hôtels. Le Cameroun gagnera en termes de consommation de boissons, d’aliments, consommation énergétique, en carburant etc. donc le Cameroun gagnera en économie pas numérique mais réelle. Les Trophées francophones du cinéma sont un vecteur à exploiter par les opérateurs économiques pour la prospérité de l’économie camerounaise. En prenant part à cet évènement, les opérateurs économiques gagneront en notoriété ceci grâce au déploiement des populations qui défileront dans les différents sites du festival et dont l’impact sera l’accroissement de leur capital client et l’adhésion de leurs publics cibles. L’espace francophone comptant plus d’un milliard d’habitants, ce festival est un puissant levier de visibilité pour les marques et pour les produits et services des entreprises. Après l’évènement nous ferons des statistiques et vous verrez qu’il y aura une booste économique.

Quel regard jetez-vous sur le cinéma africain ?

Le cinéma africain a évolué de manière vertigineuse en général. J’étais au festival de cannes il y a pas longtemps. Après ce festival, j’ai fait une introspection. Est-ce que vous saviez qu’un film camerounais avait été nominé au festival de cannes ? Je vous donne la primeur parce que moi j’y étais par la contribution du ministère camerounais de la Culture. La fiction de onze minutes a eu la meilleure audience. Or, elle n’a pas été diffusée en grande projection mais dans un atelier. J’ai accompagné ce film personnellement. Il a eu un prix qui a été rapporté au pays mais on ne l’a pas encore officiellement présenté. Donc comme je vous disais, le cinéma africain a beaucoup évolué. Et surtout les Camerounais font de plus en plus de bonnes choses parce qu’ils vont se former. Quand un cinéaste n’est pas formé, il ne peut avoir de bons résultats. Actuellement, nous mettons plus l’accent sur la formation. A cet effet, les Trophées francophones du cinéma ont offert aux camerounais des bourses gratuites. Il y en a une vingtaine. Les cCmerounais iront dans les pays francophones où les ateliers de formation sont installés depuis la création de ce concept. Ils vont suivre des formations pour le cinéma. A leur retour, je donne rendez-vous dans cinq ou dix ans, mais on aura des merveilles.

Le cinéma africain est miné par de nombreux problèmes. Au Cameroun par exemple,  on ne compte plus aucune salle de cinéma. Ne pensez-vous pas que ce manque de salles de spectacles soit un frein au développement du cinéma local ?

Je suis d’accord avec vous parce que je vous rappelle que j’étais membre de la commission de recensement de cinéma au Cameroun depuis 2012. J’ai été commis avec une délégation de cinéastes de faire le tour et de voir l’état des salles de cinéma. Pour celles qui étaient irrécupérables, il était question de voir comment les réhabiliter à cours, à moyen et à long terme. Après cette descente sur le terrain, nous avons fait un compte rendu détaillé de la situation auprès du ministre qui a instruit une fois de plus de faire des propositions sur des perspectives et comment relancer le cinéma en parlant de l’industrialisation. Je vous avoue que nous avons tout de suite rencontré notre hiérarchie qui nous a commis d’organiser un atelier pour voir comment palier à ce problème des salles. Nous avons eu un séminaire à Buea du 29 août au 3 septembre 2016. Nous en sommes sortis avec des résolutions. Nous avons fait une proposition à l’Etat du Cameroun donc comme ce n’est pas encore officiel, ça veut dire que l’Etat n’a pas encore répondu. Je ne peux pas en dire plus, nous attendons. Mais la grosse difficulté du cinéma camerounais reste sa diffusion.

Interview réalisée par Hermine Anenigne