Moyen Orient : Vive tension entre Ankara et Le Caire

La Turquie et l’Egypte sont divisées au sujet des gisements gaziers de la Méditerranée à Chypre, mais aussi par rapport à la déposition des Frères musulmans du pouvoir égyptien en 2013.

Rien ne va plus entre Ankara et le Caire. Depuis deux semaines, les marines des deux pays se défient en Méditerranée, près de Chypre, et au  même moment, leurs presses se livrent un combat d’épithète. Au cœur de cette  brouille, la question gisements gaziers de la Méditerranée exploitée par la Grèce, l’Égypte et Chypre qui ont conclu un accord tripartite.

Quelques jours après que l’Egypte a inauguré officiellement la première phase de son champ gazier Zohr, la Turquie a aussi  revendiqué sa zone économique de la Méditerranée orientale. Chose que l’Egypte a rejeté par la voix du porte-parole de son ministre des Affaires étrangères, Ahmed Abu Zaid, qui a déclaré que l’accord de démarcation maritime entre l’Egypte et Chypre est légal et qu’aucune partie n’a le droit de douter de sa légalité. Toujours selon les autorités égyptiennes,  cet accord est conforme au droit international et que les deux parties l’ont déposé auprès des Nations unies. Ce rejet n’a pas été  du gout d’Ankara qui  a souligné son droit souverain à entreprendre des recherches et à exploiter les ressources de cette région.

Escalade militaire

La marine turque a entamé des manœuvres dans la région il y a quelques jours. Elle a déjà chassé un navire de forage du pétrolier italien ENI et éperonné une vedette de garde-côtes grecs qui se rendaient au champ gazier égyptien de Zohr dans la Méditerranée. Au même moment, le porte-hélicoptère Mistral Anouar el Sadate et plusieurs autres bâtiments, ont aussitôt levé l’ancre d’Alexandrie pour défendre Zohr.

Conflit politique

Cette brouille qui oppose les deux pays est aussi politique. Le président turc Recep Tayyip Erdogan qui était le meilleur allié des Frères musulmans égyptiens chassés en 2013 du pouvoir, n’a jamais digéré cet affront du président Abdel Fattah al-Sissi. Il continue de dénoncer  ce «  coup d’État militaire ». Son pays  a même offert l’asile politique à de nombreuses figures de proue des Frères musulmans, une confrérie considérée comme « terroriste » et durement réprimée en Égypte.

Au niveau des médias, c’est un échange de tirs. La presse égyptienne accuse Ankara de « conspirer » contre Le Caire en organisant  le transfert de centaines de combattants de l’État islamique fuyant la Syrie vers la Libye, pour déstabiliser l’ouest égyptien. La Turquie elle, réplique par le biais de chaînes de télévision d’opposants égyptiens, principalement proches des Frères musulmans, qui appellent au renversement de « la dictature militaire de Sissi ».
Par Joseph Essama