Nigeria : Buhari refuse le traité de libre-échange continental

Le président nigérian a annoncé ce dimanche 18 mars qu’il ne se rendra pas au Rwanda où un traité de libre-échange continental doit être signé mercredi prochain lors d’un sommet extraordinaire de l’Union africaine.

L’intégration panafricaine se poursuit à petits trots. Alors qu’un sommet extraordinaire de l’Union africaine (UA) doit se tenir à Kigali pour conclure un accord sur la libre circulation en Afrique, le Nigeria a décidé de suspendre sa participation à cette initiative. « Monsieur le président ne voyagera plus vers Kigali pour cet événement parce que certains actionnaires nigérians ont fait savoir qu’ils n’ont pas été consultés », révèle un communiqué publié ce dimanche 18 mars par la Présidence.

D’après les lignes de ce communiqué, Muhammadu Buhari « veut donner plus de temps aux consultations » avec les entrepreneurs locaux qui « ont quelques réticences quant aux conditions de ce traité ». D’où l’annulation au dernier moment de ce déplacement. Pour l’UA, il s’agit d’un coup dur, puisque le Nigeria représente un vaste marché pour les opérateurs africains avec près de 200 millions d’habitants.

Le traité sur la Zone de libre-échange continentale (ZLEC) vise à intégrer 54 pays africains dans une zone d’échanges commerciaux. Il doit regrouper à terme, les zones régionales commerciales comme la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) et même la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

Satisfaction locale et ambitions

Côté nigérian, la décision du président Buhari est plutôt bien accueillie. Surtout que depuis quelques mois, le chef de l’Etat semble en mode « Nigeria first » à un an de la présidentielle de février 2019. Peu avant le communiqué de la Présidence, le Nigeria labour congress, l’un des plus grands syndicats du pays s’inquiétait des risques de cet accord. « Nous demandons au président de ne pas signer le traité de Kigali, ni nulle part ailleurs », avait appelé Ayuba Wabba, le secrétaire général de ce syndicat. Un appel qui a été bien entendu jusqu’ici.

Toujours dans cette optique, Muhammadu Buhari vient d’effectuer un périple dans son pays. Répondant ainsi aux critiques qui dénoncent sa disponibilité et sa promptitude pour se rendre aux rendez-vous internationaux au détriment des préoccupations des Nigérians. Durant sa tournée, le président s’est rendu dans les zones « à risques » dont à Dapchi, où des centaines d’écolières ont été enlevées en février dernier et a promis leur libération.

Bien avant, Muhammadu Buhari a signé une série de décrets privilégiant le recrutement de ses compatriotes et la priorité aux entreprises locales pour l’exécution des marchés publics. Autant de mesures qui peuvent réjouir en interne, mais qui freinent un idéal panafricain.

Par Ange Atangana