Parlement panafricain : Le budget 2019 conditionné par un audit de performance

Soupçonné de corruption, le budget du parlement panafricain a été suspendu à la veille du 31e  Sommet de l’UA à Nouakchott. Mais après la conférence des chefs d’Etat à la clôture du sommet, le budget 2019 de l’institution a été approuvé mais l’instance fera tout d’abord l’objet d’un audit de performance.


Suite à un rapport d’audit mené par le député sud-africain Julius Malema, des irrégularités ont été constatées dans le processus de recrutement les députés qui sont soit votés ou nommés par les parlements nationaux au Parlement panafricain. C’est au regard de ses irrégularités que lors du conseil des ministres des affaires étrangères réunis à Nouakchott le 29 juin dernier, en marge du 31e Sommet de l’Union africaine que ceux-ci ont décidé de suspendre temporairement le budget de l’institution, le temps de voir plus clair. Une décision qui intervient plus d’un mois après la réélection du député camerounais Roger Nkodo Dang, à la tête de l’instance panafricaine pour un nouveau mandat de trois ans.


Après la conférence des Chefs d’Etat lors de la clôture du sommet le 2 juillet, une enveloppe de l’exercice 2019 du Parlement panafricain qui s’élève à 10 milliards de FCFAa été votée,  soit 18,5 millions de dollars contre 22 millions de dollars les années précédentes.

Mais il va être exécutoire dès la fin de l’audit de performance que les présidents africains ont prescrit. « L’exécution de ce budget sera rendue possible à la suite de l’audit de performance de cette institution qui va se dérouler jusqu’au 15 novembre 2018 à la demande des chefs d’Etat», a souligné Roger Nkodo Dang, le président du Parlement panafricain.


Mais notons que si les chefs d’Etat n’ont pas suivi la décision du conseil consultatif de suspendre le budget de la troisième instance la plus importante de l’UA, après la conférence des Chefs d’Etat et le Conseil consultatif, le fait de la soumettre à nouveau à un audit est un coup pour l’image de l’institution qui doit assurer la pleine participation des peuples africains au développement et à l’intégration économique du continent, et pourrait paralyser son fonctionnement.

Contrairement à la plupart des parlements nationaux, notons tout de même que le président du PAP n’est ni ordonnateur, ni ordonnateur délégué du budget de l’institution qu’il dirige. C’est une tâche qui revient au secrétaire général, agent comptable du parlement. C’est lui qui soumet ensuite au Conseil, par l’intermédiaire du Bureau, conformément au règlement financier de l’UA, un rapport annuel sur l’utilisation des fonds mis à la disposition du Parlement, y compris le budget alloué.

Eradiquer la corruption d’ici 2020

Le thème « vaincre la corruption » qui a fait l’objet du 31e Sommet de Nouakchott dans la capitale mauritanienne, tombe donc à pic car c’est un fléau qui continue de ronger l’Afrique en général. Les gouvernants du continent sont donc engagés plus que jamais à l’éradiquer en ramenant de la transparence au sein des institutions. Surtout en ce moment où bon nombre d’organes de l’UA font l’objet des mesures d’enquêtes à cause de plusieurs défaillances observées au niveau de leur gestion.

En plus du PAP, des enquêtes sont ainsi en cours sur le NEPAD (nouveau partenariat pour le développement africain) pour déterminer s’il y a eu violation des règles de l’Union en ce qui concerne les indemnités de logement versées au personnel, sans autorisation préalable. Idem pour le conseil consultatif de l’UA soupçonné également de corruption. Le but, parvenir à éradiquer complètement cette gangrène d’ici à 2020.


La question de financement de l’UA

Autre préoccupation de l’Union africaine : les réformes du mécanisme de financement de l’UA conduites par le président rwandais, Paul Kagamé. Constituée de neufs organes dont : la conférence de l’Union, le conseil consultatif, le parlement panafricain, la cour de justice, la commission, le comité des représentants permanents, les comités techniques spécialisés, les institutions financières et le NEPAD, l’UA dépend encore jusqu’ici à plus de 50% des donateurs étrangers et ses programmes et institutions financés à 97% par les donateurs.

De façon spécifique, en 2017 le budget total adopté par le conseil consultatif de l’UA s’élevait à 782 millions de dollars. Dont 26,21% venant des Etats membres (tous les pays n’y participant pas) et 73,79% des partenaires internationaux.  55,27% de ces fonds sont destinés aux organes de l’UA qui absorbent près de la moitié du budget, 1,54% aux bureaux spécialisés de l’Union et 43,19% sert pour les opérations de paix. 

Longtemps donc sous perfusion, l’UA est en quête de son autonomie financière pour fonctionner. Pour ce faire, le président rwandais Paul Kagame dont le mandat expire en 2019, a lancé un processus de réformes dont l’autosuffisance financière fait partie intégrante. Il vise à rendre l’organisation plus efficace.

 Les Etats membres devront désormais financer 40 % du budget de l’institution pour mettre fin à une forte dépendance aux bailleurs de fonds internationaux. La réforme prévoit en outre, le prélèvement dans chaque pays d’une taxe de 0,2% sur des importations. Si elle est adoptée par l’ensemble des Etats membres, comme le souhaite le président en exercice de l’UA, celle-ci pourrait générer environ 30 millions de dollars par an, pour le fonctionnement de l’institution.


Par Hermine Anenigne