Cameroun : Polémiques autour du plan d’assistance humanitaire

Malgré les controverses, cette initiative gouvernementale destinée à venir en aide aux réfugiés internes et externes victimes des troubles dans le  Nord-Ouest et Sud-Ouest Cameroun, a déjà mobilisé plus d’un  milliards de FCFA (environ 2millions de dollars) en moins de 3 semaines.

C’est la région de l’Ouest Cameroun qui détient la palme d’or des contributions. Elle est suivie  du Nord-Ouest, Sud-Ouest et du Littoral. Les ressortissants de ces 3 localités  ont respectivement déboursés, 500, 236 et 230 millions de FCFA. D’autres régions (Centre, Est, Sud, Adamaoua, Nord) caracolent avec près de 295 millions de collecté. Cette opération n’a pas encore suscité l’adhésion de toutes les forces vives de la nation, “mais l’élan de cœur continue”, à en croire la commission chargée de superviser la collecte des fonds.

Les principaux contributeurs à ce jour sont les hommes politiques, les opérateurs économiques, les cadres d’entreprises et toutes les âmes de bonne volonté. Si pour ceux-là, les contributions sont volontaires, il semble que pour les fonctionnaires, elles seront obligatoires et retenus directement sur leur salaire. Pour le moment, aucun communiqué officiel n’a encore confirmé cette information, mais plusieurs sources indiquent déjà que les montants  seront arrêtés en fonction des catégories de fonctionnaires. Lors de la première journée de l’opération “coup de cœur” qui s’est déroulée à Yaoundé dans les locaux de l’Hôtel de ville et organisée par les élites du Nord et du Sud-Ouest, un document tombé entre les mains de la presse indiquait que les montants à cotiser étaient exigibles en fonction des catégories des fonctionnaires.

Dans ce document, les ministres, les ambassadeurs, les recteurs d’universités, les gouverneurs, les conseillers spéciaux, devaient débourser au moins 2 millions de FCFA. Les membres du bureau du Sénat et de l’Assemblée nationale, les directeurs généraux de société et les délégués du gouvernement devaient contribuer à hauteur d’un million de FCFA chacun. Les  députés et secrétaires généraux des ministères devront mettre au moins  500 mille FCFA dans la cagnotte et 50 mille FCFA remis par les fonctionnaires ayant rang de chef de service.

De vives critiques

Cette opération coup de cœur a été très bien accueillie au sein du parti au pouvoir, mais, elle suscite de vives critiques  au sein des populations, de l’opposition et de la société civile. Les premiers à bouder le soutien du gouvernement sont  les réfugiés anglophones eux-mêmes, principaux récipiendaires de l’aide. Dans une pétition rendue public le 29 juin dernier, les réfugiés anglophones au Nigeria, ont  saisi la représentation du Haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) au Nigeria pour lui signifier leur refus de l’appui qu’envisage de leur fournir leur gouvernement. Ils appellent le gouvernement à résoudre les causes profondes de la crise en cours dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest depuis la fin d’année 2016, plutôt que de leur donner de la nourriture.

Certains partis de l’opposition camerounaise ont eux aussi émis de vives critiques pour ce plan d’assistance humanitaire. C’est le cas du Social democratic front (SDF), le principal parti de l’opposition, qui qualifie cette initiative d’arnaque de plus par laquelle, le gouvernement  veut masquer ses échecs dans la résolution de cette crise.

Regain de violence

Depuis le début de cette semaine, la situation sécuritaire dans la ville de Buea, chef-lieu de la région du Sud-Ouest, devient de plus en plus inquiétante. Lundi et mardi, de violents combats ont opposé les forces séparatistes aux forces de l’ordre à M16, quartier administratif de cette ville, faisant plusieurs victimes des deux côtés et des réfugiés internes dans le Littoral Cameroun. A côté de cela, les villes mortes  ont été suivies par les populations lundi et mardi dernier.

Par Joseph Essama