Éthiopie/Érythrée : L’intérêt du rapprochement des anciens frères ennemis

Comme souhaité lors de son arrivée au pouvoir, le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed a récemment scellé un accord de paix « historique » avec le voisin érythréen qui ouvre de nouvelles perspectives pour l’économie de l’ancienne Abyssinie.

Impensable il y a encore quelques années, voire quelques mois, l’Ethiopie et l’Erythrée, ennemis jurés d’antan, ont officiellement rétabli leurs relations. Un accord de paix a en effet été signé le 9 juillet dernier, lors de la visite du premier ministre éthiopien à Asmara, la capitale érythréenne. Ce dernier est d’ailleurs le grand artisan de ce rapprochement, puisque que depuis son arrivée au pouvoir en avril dernier, « Dr Abiy » a fait du réchauffement des relations avec le voisin érythréen, une des priorités de son magistère. Ce malgré la colère des Tigréens, peuple vivant à la frontière avec l’Erythrée, opposés jusqu’ici à la normalisation des relations entre les deux parties.

Pour convaincre ses détracteurs du bienfondé de ce rapprochement, le premier ministre éthiopien peut jouer la carte de l’économie. Depuis l’indépendance de leur voisin en 1993, l’Ethiopie n’a plus accès à la mer pour assurer son commerce par voie maritime. Le pays se contente des liaisons aériennes, terrestres et du port de Djibouti pour assurer son commerce avec l’extérieur. Des négociations avec l’Erythrée pourraient permettre à l’Ethiopie d’avoir une entrée maritime grâce à l’utilisation des ports érythréens de Massaoua et d’Assab. En échange, l’Erythrée percevrait des dividendes dus à l’utilisation de ses infrastructures.

Concessions à faire

De même, le texte signé entre Isaias Afwerki, le président érythréen et son hôte devrait permettre le développement du commerce, des transports et des télécommunications entre les deux voisins. Ce qui sera sans doute bénéfique pour leurs économies, mais davantage pour l’Erythrée classée parmi les pays les plus pauvres de la planète (179ème sur 188 en termes d’indices de développement dans un rapport du Programme des Nations unies publié en 2016).

Depuis 2008, le pays est frappé par un embargo des Nations unies, car soupçonné de fournir des munitions aux groupes armés qui sévissent dans la Corne de l’Afrique. Celui-ci vise notamment de hauts responsables érythréens interdits de circuler dans plusieurs pays et dont les actifs ont été gelés à l’étranger. Avec son rapprochement avec son voisin éthiopien, les sanctions économiques qui pèsent actuellement sur le pays pourraient être levées. Le premier ministre Ahmed a d’ailleurs appelé lundi à la levée de ces sanctions.

Pour définitivement enterrer la hache de guerre, l’Ethiopie doit encore faire une concession et pas des moindres pour (r)établir des relations normales avec l’Erythrée. Son premier ministre doit reconnaître et appliquer le verdict des Nations unies rendu en 2002 concernant le tracé de la frontière entre les deux pays. La signature de cet accord implique également le retrait des troupes éthiopiennes à la frontière.

Par Ange Atangana