Afrique de l’Ouest: La striure brune du manioc se fait menaçante

Encore appelé « l’Ebola du manioc », ce virus menace la sécurité alimentaire de la région déjà en proie à une forte demande en nourriture dû au pic démographique.

Quand on sait que 80% de la population d’Afrique de l’ouest consomme du manioc, il y a de quoi s’inquiéter. Identifié il y a une quinzaine d’années en Afrique de l’est où 3 000 personnes sont mortes de faim, la striure brune du manioc a ensuite gagné l’Afrique centrale, occasionnant la perte de 90 à 100% de la production. Aujourd’hui, le virus migre progressivement vers l’ouest du continent.

Dévastatrice pour la récolte, la striure brune se transmet par les mouches blanches qui prolifèrent depuis une vingtaine d’années et surtout par les hommes qui disséminent des boutures infectées. Cette maladie qui touche le manioc pourrait provoquer une « catastrophe alimentaire » si rien n’est fait, ont ainsi alerté des chercheurs africains du Wave. C’est donc une menace à prendre très au sérieux.

La riposte

 

En début juin 2018, les ministres de la Recherche de huit pays d’Afrique de l’ouest se sont réunis à Cotonou pour mettre sur les rails « une action concertée » afin de prévenir « une crise du manioc ». Ils se sont engagés aux côtés du programme Wave, financé par l’aide au développement britannique et la Fondation Bill et Melinda Gates, au cours d’une conférence à Cotonou pour lutter contre les maladies du manioc, qu’ils voient comme une menace majeure pour la sécurité alimentaireet l’économie.

L’on envisage concrètement l’arrachage des plants dans une zone infestée, l’interdiction de voyager avec des boutures de manioc et, surtout, un soutien à la recherche pour lutter contre le virus et améliorer la productivité. Les bailleurs ont promis pour leur part de poursuivre le financement du programme jusqu’en 2022. Mais les chercheurs espèrent aussi une forte implication des gouvernements africains, dont moins de 1% des budgets nationaux sont pour l’instant consacrés à la recherche scientifique.

Le manioc en Afrique

Produit dans 105 pays du monde, Le continent africain est le plus grand producteur mondial de cet aliment (57%), dont on consomme les tubercules, riches en glucides et en amidon, mais aussi les feuilles et la fécule produite à partir des racines. Alors première source de calorie, le manioc est l’aliment nutritif de base de nombreux Africains, ainsi que la principale source de revenu d’un nombre important de petits agriculteurs.

Que ce soit Gari au Bénin, attiéké en Côte d’Ivoire, Foufou en RDC, le bâton de manioc au Cameroun, le manioc est à la base de l’alimentation en Afrique et atteint le 5e rang mondial parmi les plantes alimentaires. En République du Congo, au Mozambique ou en Angola, la consommation par personne et par an dépasse les 500 kg. Au Nigeria, grand producteur au monde avec 55 millions de tonnes en 2017 selon la FAO, le tubercule de manioc entre par exemple dans le bol de 80% des 180 millions d’habitants du pays.

La crainte est donc que le virus contamine le Nigeria, le pays le plus peuplé du continent qui vise déjà un développement industriel fondé sur l’amidon de manioc, comme en Thaïlande où cette activité fait déjà vivre de très nombreux petits producteurs. Par ailleurs, outre la menace de la maladie, les pays ouest-africains doivent aussi relever le défi du rendement qui reste encore trop faible dans la région surtout, vu la pression démographique croissante et la pauvreté rurale caractérisant la région en dehors du Nigeria.

Par Hermine Anenigne