Cameroun : Le rêve brisé d’une candidature unique de l’opposition ?

Tous les efforts menés jusqu’ici pour produire un candidat de la coalition ont été vains. Tout laisse penser que l’opposition camerounaise se présentera une fois encore en rangs dispersés à la prochaine présidentielle, faisant ainsi les affaires du régime en place.

Ce 19 juillet est la date butoir pour le dépôt des candidatures à l’élection présidentielle prévue au Cameroun le 7 octobre prochain. En attendant la publication de la liste officielle des candidats d’ici le 8 août, Elections Cameroon (Elecam), l’organe en charge de l’organisation matérielle des élections dans le pays a enregistré une quinzaine de candidatures, dont celle du président sortant Paul Biya, au pouvoir depuis 36 ans.

Or, bien avant la convocation du corps électoral par le Chef de l’Etat le 9 juillet dernier, les supputations allaient bon train en faveur d’une éventuelle coalition de l’opposition, pour faire bloc face au président sortant et  remporter cette importante échéance électorale. Certains acteurs politiques sont même allés au-delà des rumeurs, faisant des déclarations claires sur la question.

De passage sur la chaine radio Balafon basée à Douala, Akere Muna, candidat du Front populaire pour le développement (FPD) avait confirmé le 11 juin 2018, que l’opposition allait se présenter sous une coalition. « La candidature unique je pense qu’on va finalement y arriver. (…) Maurice Kamto et moi on en a discuté. Joshua Osih c’est quelqu’un que je connais beaucoup, j’ai même été son avocat dans plusieurs dossiers. (…) Que les Camerounais se calment, je pense que le moment venu on va trouver une solution », avait alors déclaré l’ancien bâtonnier du Cameroun.

Emboitant le pas à l’initiateur du mouvement « NOW », Hilaire Kamga qui s’est se retiré de la course à la présidentielle, avait présenté le 13 juin 2018 à la presse, les principaux axes de la coalition de l’opposition que sa formation proposait pour une alternance politique. Pour le mandataire de l’Offre Orange, le choix du candidat de l’opposition devait s’opérer à travers des micro-primaires et des primaires citoyennes.

L’espoir demeure

Pour l’heure, toutes les tentatives de coalition en vue d’une candidature de l’opposition sont donc vouées à l’échec. Et rien ne semble indiquer que les choses évolueront d’ici la date du scrutin le 7 octobre. La preuve, les leaders susceptibles de porter la candidature unique de l’opposition tels que Joshua Osih du SDF, Maurice Kamto du MRC et Akere Muna du FPD ont déposé des candidatures individuelles à Elecam. « Nous constatons simplement, après le dépôt des candidatures des uns et des autres, que la perspective d’une dynamique fédératrice face à M. Biya est désormais quasi nulle, mais pas nulle », a déclaré Hilaire Kamga au cours d’une autre rencontre avec la presse le 18 juillet dernier.  

Malgré tout, Akere Muna veut garder espoir. Selon lui, tout reste possible même après le dépôt des candidatures.  « Après le dépôt de ma candidature, la tâche qui m’incombe, c’est de réunir l’opposition pour être fort ensemble afin d’aider notre pays à aller de l’avant », a-il lâché au sortir du siège de la direction générale d’Elecam à Yaoundé.

Guerre d’egos

En réalité, aucun principal candidat de l’opposition ne veut laisser la main. Seul ou au sein d’une coalition, chacun espère briguer la magistrature suprême. « Une coalition et une candidature unique seraient l’idéal mais ce n’est pas le seul moyen. En 1992, il n’y avait pas de candidat unique », a laissé entendre Maurice Kamto. L’ancien ministre délégué auprès du ministre de la Justice a néanmoins indiqué qu’il reste toujours ouvert à toutes discussions avec les autres candidats de l’opposition.  

Plus radical, Joshua Osih estime que c’est lui qui doit porter la candidature de l’opposition en cas de coalition. « L’opposition camerounaise, c’est celle qui est devant vous aujourd’hui. Et cette opposition-là, a un seul candidat, c’est celui qui vous parle (…) Il ne faut pas qu’on vienne vous tromper que pour gagner les élections, il faut un candidat unique de l’opposition », avait-il lancé à l’endroit des militants de son parti le 30 avril  à Mbouda dans la région de l’Ouest.

Le candidat du SDF a néanmoins laissé une porte entrouverte aux partis qui souhaitent s’associer à lui pour la victoire finale: « Si d’autres veuillent nous accompagner au pouvoir, ils sont les bienvenus, nos portes seront grandes ouvertes. Ceux qui ne veulent pas nous accompagner seront dans l’autre opposition dès novembre, après l’élection d’octobre 2018. Nous allons à cette élection pour la gagner. Et nous allons la gagner avec tous ceux qui vont nous accompagner ».

Par Joseph Samuel Zoé