Mali : Une élection présidentielle peu rassurante

Les Maliens vont se rendre aux urnes le 29 juillet prochain et malgré l’enthousiasme et la pléthore de candidatures (24), quelques inquiétudes planent encore sur la bonne tenue de ce scrutin.

Ils sont au total 24 candidats qui se sont lancés depuis le 07 juillet dernier à la campagne pour la présidentielle malienne, prévue dimanche prochain. Parmi les principaux concurrents, le président sortant  Ibrahim Boubacar Keita (IBK), élu à 77.6% en 2013 et son principal rival Soumaïla Cissé, candidat de l’Union pour la République et la démocratie (URD). Depuis  l’entame de leur campagne, les deux rivaux qui ont principalement focalisé leur discours sur l’aspect sécuritaire, ont déjà drainé d’importantes foules vers les lieux de rassemblement. Tout au long de sa campagne, le président sortant s’est présenté comme l’homme de la situation qui peut ramener la sécurité et la stabilité au Mali.  Mais son principal rival, Soumaïla Cissé,  n’a pas loupé l’occasion de l’attaquer sur son bilan qu’il juge négatif.

A côté de ces deux favoris, d’autres challengers plus ou moins connus tentent de s’affirmer dans cette campagne. C’est le cas de Hamadoun Touré, un ancien fonctionnaire international, Modibo Sidibé, ancien Premier ministre, ou encore d’Oumar Mariko. Après eux, d’autres  candidats faisant figure d’outsiders comme Cheick Modibo Diarra, l’astrophysicien de la Nasa et ancien Premier ministre sous la transition de 2012, font aussi leur numéro.  Malgré la visible sérénité affichée au cours de cette campagne, la lancinante question de la fiabilité du fichier électoral est encore pendante à 48 heures de l’élection.

Polémique

La question du fichier électoral malien déchaine les passions. Plus de 20 des 24 candidats en lice pour la prochaine présidentielle contestent la fiabilité du fichier électoral qui sera utilisé dimanche prochain. Ces candidats affirment que le fichier électoral mis en ligne n’est pas celui audité le 27 avril dernier, en leur présence, par les experts de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Ils ajoutent que les arguments fournis par le ministère malien de l’Administration territoriale et la Délégation générale aux élections (DGE) ne sont pas convaincants.

A deux jours du premier tour de l’élection présidentielle malienne, rien ne fait croire que leurs doléances seront prises en compte. Le dialogue ouvert entre les différentes parties ne semble pas pouvoir connaitre d’issues avant le scrutin. Mais les candidats qui continuent de taper du poing sur la table menacent de déplacer le problème sur le terrain du droit.

Election sous haute tensions sécuritaires

Malgré l’accord de paix signé en 2015 entre le gouvernement et les Touareg, les violences djihadistes au Mali ont non seulement perduré, mais aussi se sont propagées du nord vers le centre du pays.  « La situation est très grave. Il existe une insécurité quotidienne, avec une série de micro-attaques, dont la presse locale et internationale ne parle pas nécessairement. On constate des attaques des groupes islamistes armés contre les écoles, les institutions de l’État, » note Marie Rodet, spécialiste du Mali et enseignante-chercheure à la School of Oriental and African Studies (SOAS) à Londres. Le pays est plongé dans une situation sécuritaire encore plus préoccupante, de vastes zones échappent toujours au contrôle de l’État, permettant ainsi au banditisme, aux trafics divers et au djihadiste de prospérer.

En outre, Bamako connait un souci de plus à la veille de cette présidentielles, celui des  violences intercommunautaires entre Peuls et Dogons  qui ont fait plus de 50 morts ces derniers mois. En cas de réélection du président sortant, la donne pourra-t-elle changer ? Rien ne permet de le dire, Marie Rodet, la spécialiste du pays  reste d’ailleurs sceptique. Pour elle, rien ne va changer, car « en  cinq ans de mandat, IBK (Ndlr) n’a pas agi sur la question, il  n’a fait preuve d’aucune vision stratégique. À plusieurs reprises, il a opté pour un discours va-t’en-guerre, qui au lieu d’apaiser les tensions, les exacerbe, et renforce les stigmatisations entre les communautés ».

Par Joseph Essama