Cameroun : L’indéboulonnable recours aux entraineurs de football étrangers

Huit mois après le limogeage du Belge Hugo Bross, le Néerlandais Clarence Seedorf débarque sur le banc de touche des Lions indomptables. Une fois encore, les autorités sportives ont fait le choix d’un technicien expatrié nettement plus coûteux, alors que le pays est doté d’une expertise locale à même d’accomplir cette tâche.   

Clarence Seedorf est officiellement depuis le 4 août dernier, le nouvel entraineur de l’équipe nationale de football du Cameroun. L’ancien international néerlandais, 42 ans, sera secondé sur le banc de touche des Lions indomptables par son compatriote et ancien coéquipier en sélection nationale, Patrick Kluivert. La nomination de ce duo qui succède au Belge Hugo Bross, limogé en décembre 2017, intervient après cinq mois d’attentes.

Le choix du gouvernement camerounais s’est donc finalement porté sur les deux expatriés pour diriger la sélection nationale, au terme d’interminables tractations. Certes, on ne parlera pas de « sorciers blancs » puisqu’ils sont Noirs. Mais une fois encore, les autorités locales ont jugé utiles de ne pas confier l’encadrement des Lions indomptables à un entraineur du pays, depuis le deuxième passage éphémère de Jean Paul Akono à la tête de cette équipe entre septembre 2012 et mai 2013.

Au sein d’une bonne partie de l’opinion publique nationale, on espérait en effet voir en entraineur camerounais conduire la sélection fanion de football, notamment lors de la prochaine Coupe d’Afrique des nations (CAN) que le pays organise en juin 2019. D’ailleurs, les difficultés à dévoiler le nom du nouveau coach des champions d’Afrique en titre, avaient laissé penser que les autorités opteraient finalement pour un sélectionneur local.  Et ce ne sont pas les propositions qui manquaient.

27 postulants camerounais

Après le lancement de l’appel à candidature le 10 mars 2018, pas moins de 27 entraineurs camerounais ont postulé pour prendre la tête Lions indomptables. Certes, on comptait parmi eux de parfaits inconnus. Mais à côté, on pouvait facilement reconnaitre les noms de plusieurs techniciens aguerris du banc de touche comme Martin Ndtoungou Mpilé, Bonaventure Djonkep, Jean Paul Akono, Dieudonné Nké, Jules Fréderic Nyongha et d’anciens internationaux ayant récemment pris leur retraite à l’instar de Joël Epalle et Rigobert Song.

Pourquoi cette tendance à choisir des étrangers pour diriger l’équipe nationale alors que l’on dispose d’une expertise locale? A cette question, les responsables du football camerounais semblent eux-mêmes n’avoir aucune réponse fiable, si ce n’est ce complexe d’avoir un entraineur connu mondialement.

Après l’annonce de la nomination du duo Seedorf-Kluivert, le président du comité de normalisation de la Fédération camerounaise de football (Fecafoot), Maitre Dieudonné Happi, a déclaré dans un communiqué que « ces deux experts de haut niveau ont été choisis dans l’optique d’une préparation sérieuse, rigoureuse et sereine de la sélection nationale de football du Cameroun, “Les Lions indomptables”. Leur mission est de bâtir une équipe stable, conquérante, habitée par le Fighting Spirit et de préparer une relève de qualité pour garantir le succès de notre équipe nationale ». Une mission que pouvait aisément remplir l’un des postulants camerounais, ou alors Alexandre Belinga, éternel adjoint depuis 2015 et intérimaire depuis mars dernier.

Avantages

Le recrutement d’un entraineur local est à coup sûr bénéfique pour le Cameroun à plusieurs niveaux. Sur le plan pécuniaire, les nationaux sont nettement moins coûteux. Selon des indiscrétions, Seedof et son adjoint percevront environ 60 millions de Francs CFA par mois. Leur prédécesseur Hugo Bross qui réclame encore le paiement de ses arriérés de salaire percevait 29,5 millions de Francs CFA. Le Suédois Sven Goran Erickson a rompu ses négociations avec le Cameroun parce que le gouvernement ne pouvait honorer ses exigences salariales fixées à 65 millions de Francs CFA. Au Mondial 2010, Paul Le Guen avec ses 35 millions de Franc CFA de salaire mensuel était l’un des entraineurs les mieux payés du tournoi devant Raymon Domenech de la France et Bob Bradley des Etats Unis par exemple.

A contrario, les entraineurs locaux ont généralement un traitement ingrat. Leurs salaires franchissent difficilement la barre de 10 millions de F CFA quand ils en ont.  On se souvient qu’après son départ en qualité d’entraineur principal des Lions en avril 2013, Jean Paul Akono réclamait à l’Etat du Cameroun 80 millions de F CFA, soit l’équivalent d’environ huit mois de salaire. Et ce salaire serait l’un des plus importants jamais reçu par un technicien camerounais. Selon une source à la Fecafoot, « les salaires mensuels des entraineurs locaux dans le staff des Lions atteignent difficilement 5 millions de F CFA ».

Les entraineurs locaux ont également l’avantage de maitriser les mentalités des joueurs et  l’environnement autour de l’équipe nationale. Au niveau des performances, le Cameroun a déjà glané plusieurs titres internationaux avec ces entraineurs locaux à sa tête dans diverses catégories. Le succès le plus retentissant est la médaille d’or remportée aux Jeux olympiques de 2000 en Australie avec Jean Paul Akono sur le banc. On se souvient également qu’en 1994, c’est feu Léonard Nseké, un entraineur du pays qui qualifia les Lions indomptables au Mondial américain avant d’être débarqué quelques mois plus tard au profit du français Henri Michel.

Par Joseph Samuel Zoé