Côte d’ivoire : Simone Gbagbo dans le viseur de la CPI

Amnistiée par le président Ouattara le 6 août dernier, l’ancienne première dame reste dans le collimateur de la Cour pénale internationale qui lui reproche son implication dans la crise post-électorale entre 2010 et 2011.

A peine la liberté recouvrée que les affaires en justice resurgissent pour Simone Gbagbo. Libre depuis l’amnistie prononcée par le président ivoirienne Alassane Ouattara le 6 août dernier, l’ancienne première dame est cette fois dans le viseur de la Cour pénale internationale (CPI) qui entend poursuivre l’épouse de Laurent Gbabgo, lui-même détenu actuellement à La Haye. L’instance judiciaire internationale a émis un mandat d’arrêt international depuis 2012 contre Simone Gbagbo, poursuivie pour « crimes contre l’humanité ».

Pour la CPI, l’amnistie qui vient d’être prononcée en faveur de l’ex-détenue n’a pas d’impact sur les procédures de l’institution. « La Cour s’attend à ce que le gouvernement de la Côte d’Ivoire s’acquitte de ses obligations en vertu du statut de Rome en exécutant le mandat d’arrêt contre madame Gbagbo et en la remettant donc à la CPI, parce qu’il faut respecter les obligations en vertu du droit international pour les crimes qui ont été énumérés dans le statut de Rome, c’est un élément important pour parvenir à une paix durable », souligne Fadi El Abdallah, le porte-parole de la CPI.

Plus d’Ivoiriens à La Haye

Toutefois, les autorités ivoiriennes entendent ne pas céder aux injonctions de La Haye. Depuis 2016 en effet, le président Alassane Ouattara a indiqué qu’il n’enverra plus aucun de ses compatriotes à la CPI, estimant que son pays dispose désormais d’une « justice opérationnelle », ce qui n’était pas le cas selon lui après la crise post-électorale entre 2010 et 2011. « (…) A la sortie de la crise électorale, nous n’avions pas de justice, le pays était totalement en lambeaux (…) maintenant, nous avons une justice qui est opérationnelle et qui a commencé à juger tout le monde sans exception. Ces procès commenceront très rapidement et je souhaite que ça aille plus vite que la CPI », a-t-il lancé.

De même, la défense de Simone Gbagbo a annoncé le 10 août dernier qu’elle allait déposer en irrecevabilité à la CPI. Rodrigue Dadjé, l’un des avocats de Simone Gbagbo, explique qu’une requête en irrecevabilité de l’affaire sera déposée auprès de la chambre préliminaire en charge de la procédure de sa cliente contre madame la procureure « à la rentrée judiciaire de la CPI ». « L’objectif c’est de faire annuler la procédure. Une fois que la procédure est annulée, il n’y a plus de poursuites, il n’y a plus de mandat parce que le mandat est adossé à la procédure », a-t-il indiqué.

Pour mémoire, c’est en 2015 que Simone Gbagbo avait été condamnée à 20 ans d’emprisonnement par la justice ivoirienne pour « atteinte à la sureté de l’Etat ». Laurent Gbagbo lui est jugé depuis 2011 pour « crimes contre l’humanité » et son implication dans les violences ayant suivi la présidentielle de 2010 avec à la clé plus de 3000 morts.

Par Ange Atangana