Financement des études : Difficultés et alternatives en Afrique

Vivant dans des Etats pauvres et sans véritable soutien de la part des gouvernements, les parents africains peinent régulièrement à trouver des fonds pour assurer l’éducation scolaires de leurs enfants.

Dans les tous prochains jours, des millions de jeunes Africains vont reprendre le chemin des classes. Comme à l’accoutumée, de nombreux parents qui ont l’obligation morale d’envoyer leurs progénitures faire des études ont perdu le sommeil. Dans un environnement économique de plus en plus austère, la préparation de la rentrée scolaire s’assigne d’année en année à un véritable chemin de croix sur le continent.

En plus de payer les frais d’inscription et les pensions, les parents doivent acquérir des fournitures scolaires pour leurs enfants (livres, cahiers, matériel de classe…). A cela, il faut ajouter l’habillement qui inclue les tenues de classes, les tenues de sports et les chaussures entre autres. Tous ces besoins ont un coût et cela nécessite d’importants financements qui sont parfois réunis au bout d’énormes sacrifices. Surtout que les revenus d’une grande majorité d’Africains ne leurs permettent pas d’assurer avec aisance, l’éducation scolaire de leurs enfants.

En effet, les sources de financement des études en Afrique sont diverses. Pour les salariés affiliés à un établissement bancaire, la pilule est moins difficile à avaler. Car en plus des économies réalisées sur le salaire, certains parents ont généralement recours au crédit scolaire. Pour ceux qui exercent dans l’informel, les tontines et autres caisses scolaires au sein des associations ou alors la vente du cacao, sont des solutions idoines. Tout comme les fonds rapportés par les élèves et étudiants eux-mêmes dans le cadre des activités vacancières (stages de vacances, petit commerce…).

En clair, le problème du financement des études est réel en Afrique. Le coût élevé de celles-ci est devenu un véritable obstacle à l’éducation sur le continent. Comment y remédier ? Afrique Orient propose des pistes de solution dans ce dossier.

Par Joseph Samuel Zoé

 

Crédit scolaire : Une source de valeur pour les salariés

vendeur ambulant

Qu’il s’agisse de petites économies ou de prêt contracté auprès d’un créancier, les sources de financement varient en fonction des ménages pour assurer l’avenir des enfants.

Comme à l’approche de chaque rentrée scolaire, la question de la préparation et du financement des études préoccupe les parents. Bien que les vacances peuvent souvent leur offrir l’opportunité de faire quelques économies pour la prochaine rentrée, notamment en envoyant leur progéniture en campagne ou ailleurs, il n’en demeure pas moins que leurs épargnes peuvent s’avérer insuffisantes pour toutes les dépenses afférentes à la scolarité des enfants. Raison pour laquelle certains puisent dans certaines caisses pour assurer la rentrée.

Chaque année, ils sont nombreux ces parents qui optent pour les crédits scolaires octroyés par les établissements bancaires afin d’assurer l’éducation de leurs enfants. On peut dire sans risque de se tromper qu’au fil des années, ce mode de financement fait beaucoup courir en Afrique au vu des interminables files d’attente observées dans les halls des banques. Selon ces établissements financiers, les prélèvements se font entre 9 et 13% du salaire de l’impétrant afin que ce dernier rembourse son crédit. Les prélèvements peuvent s’effectuer sur dix ou douze mois en fonction de l’établissement créditeur. « Compte tenu de mon revenu moyen, je préfère prendre un crédit pour préparer la rentrée de mes cinq enfants », confie Thérèse N., parent d’élèves installée à Yaoundé au Cameroun.

Néanmoins, comme l’indique un responsable d’établissement bancaire, tout le monde ne peut pas avoir accès aux crédits. D’abord à cause de la limite des fonds alloués, mais également des conditions établies pour l’octroi d’un prêt. « Le crédit scolaire est réservé à une tranche de parents bien précise. Si on analyse la constitution du dossier à fournir, on verra partout la notion de domiciliation de salaire et celle d’attestation de virement irrévocable. Par conséquent, on ne saurait dire que le crédit scolaire est facile d’accès », souligne l’expert.

Par Ange Atangana

 

Informel : Un secteur non négligeable dans le financement des études

En plus des petits jobs réalisés par leurs progénitures pendant les vacances scolaires, certains parents africains peuvent compter sur la vente du cacao et d’autres produits agricoles.

Pour bon nombre d’Africains, les activités effectuées par leurs enfants durant les vacances les aident à amortir certaines dépenses lorsque l’école reprend. Entre le petit commerce, les stages dans les administrations, les entreprises publiques et privées et autres activités lucratives, les jeunes vacanciers s’organisent pour épauler leurs parents.

Les gains engrangés durant les deux ou trois mois de vacances permettent ainsi d’acheter des fournitures scolaires, voire de payer la scolarité lorsqu’ils sont considérables. « J’ai effectué un stage d’un mois qui m’a rapporté 100.000 FCFA dans une société opérant dans le secteur des hydrocarbures. J’ai remis la moitié de cet argent à mon père pour l’achat d’une partie des fournitures scolaires. Je vais utiliser le reste pour m’acheter des chaussures et quelques vêtements », confie Stéphane M., inscrit cette année en classe de terminale dans un collège privé de Yaoundé.

Pour d’autres qui tirent la majeure partie de leurs revenus du travail de la terre, la rentrée des enfants ne s’effectue la plupart du temps qu’à partir d’octobre voire plus tard. Un phénomène qui se vérifie davantage dans les zones rurales et péri-urbaines. C’est le cas des familles qui puisent leurs ressources des activités agricoles, notamment cacaoyères. S’agissant surtout du cacao, il faut noter que les ventes se font la plupart du temps autour d’octobre, donc pratiquement un mois après le début de la rentrée scolaire.

Avec les fluctuations sur le marché des prix des matières premières, les « cacaoculteurs » n’ont pas toujours une idée de ce qu’ils peuvent percevoir comme recettes pour assurer la rentrée. Mais au moins, contrairement aux parents des zones urbaines, ils ont l’avantage d’avoir des établissements avec des frais de scolarité accessibles contrairement à ceux de la ville. Le seul bémol peut venir du ravitaillement en manuels scolaires. Les librairies et autres échoppes se trouvant dans les grandes agglomérations, ils doivent effectuer les déplacements pour les acquérir.

Par A.A 

Vie associative : Les tontines à la rescousse des parents

  tontine

A quelques jours de la reprise des cours dans les établissements scolaires, ces associations locales répondent aux besoins des Africains qui peinent à inscrire et à offrir des fournitures à leurs enfants.

La rentrée scolaire en Afrique est un véritable chemin de croix pour les personnes moins nanties qui vivent au jour le jour et qui opèrent essentiellement dans le secteur informel. Cette situation va certainement conduire à un retour des classes à deux vitesses tant dans les zones urbaines que rurales.

Ainsi, plusieurs de ces parents non bancarisés, optent pour les tontines ou réunions pour sortir la tête de l’eau. Puisque ces cotisations offrent presque toujours la possibilité à ceux-ci de faire face à la situation. Et c’est dès le début de l’année ou encore juste au début des vacances que bien des parents adhèrent aux tontines, question de mettre de côté l’argent nécessaire pour assurer avec quiétude la rentrée scolaire de leurs enfants.

Esther Nsap, parent de deux enfants fait partie de ces parents qui comptent sur les tontines pour assurer la scolarité de leurs enfants. « Après la rentrée scolaire dernière, j’ai adhéré à une tontine dans laquelle j’épargne tous les mois 5000 FCFA. Ce qui en 12 mois me donne 60 000FCFA. Grace à cet argent, en plus de quelques crédits pris dans mes réunions, je parviens à joindre les bouts la rentrée scolaire venue », raconte-t-elle. Chaque année, c’est la routine pour cette mère. « Si je ne fais pas de tontine, je ne sais vraiment pas comment je pourrai faire pour m’en sortir puisque je n’ai pas un revenu mensuel », poursuit-elle.

Une routine qui semble marcher pour elle ainsi que pour bon nombre. La preuve, plusieurs adeptes de ces tontines du quartier en ont déjà fini avec tout le nécessaire pour la rentrée prochaine de leurs enfants. « J’ai déjà tout acheté et j’ai déjà fait toutes les inscriptions de mes enfants. Le 3 septembre ils seront vraiment à jour », confie visiblement satisfaite Lucie Mepouli. Dans ces cotisations spécifiques, elle dit ne pas épargner grand-chose, mais, suffisamment pour envoyer ses enfants àl’école.

Madeleine N. est elle aussi une habituée de l’épargne scolaire dans ces associations. Elle explique pourquoi elle a opté pour ce style d’épargne : « Dans notre association, je verse un certain montant tous les mois pour préparer la rentrée. C’est une bonne méthode pour moi, parce que les microfinances ne sont plus sérieuses. Plusieurs ont fermé les portes sans rembourser l’argent des gens. Et quand tu vas à la banque, il y a trop de tracasseries. A la tontine, on se connait et on se fait confiance. Et c’est par ce moyen, que mes trois enfants reprennent chaque année le chemin de l’école », explique-t-elle.

Néanmoins, l’activité comporte quelques risques qui peuvent fausser les plans des parents d’élèves. « Il arrive souvent que les gens bouffent la tontine avant mais ne remboursent pas le moment venu. Certains bénéficiaires sont alors obligés de prendre moins d’argent que prévu. Ça m’est arrivé l’année dernière. Même si j’ai reçu l’argent après, j’ai été dérouté dans mes plans », confie Arlette Anaba, tenancière d’un petit restaurant à Douala. Mais cette déconvenue ne l’a pas empêché de faire à nouveau confiance à ce mode d’épargne pour financer les études de ses enfants.

Par Hermine Anenigne

Coût des études : La responsabilité des Etats africains mise en cause

éducation

Comparé aux rétributions moyennes des Africains, il est clair que le coût des études est dans l’ensemble considérablement élevé sur le continent. Au Cameroun par exemple, le financement d’une année scolaire par enfant (maternelle, secondaire) incluant l’inscription, la pension et les fournitures varie généralement entre 100.000 et 500.000 FCFA en fonction de l’établissement choisi (publique ou privé). Ce qui est totalement inadéquat dans un pays où le revenu mensuel moyen par habitant s’élève selon la Banque mondiale, à 117 dollars US (65.700 FCFA). Soit 39 dollars (21 935 F CFA) de moins que la moyenne de 156 dollars (87.700 FCFA) en Afrique. Pire encore, le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIGest fixé dans le pays à 36.270 F CFA seulement.  

Face à la précarité économique ambiante, il est clair que les Africains pour la plupart, sont au fil des années, financièrement asphyxiés par les études de leurs progénitures. Pour juguler le problème, l’une des solutions serait que les Etats s’investissent davantage en apportant des subventions conséquentes à ce secteur d’activité indispensable dans le développement socioéconomique d’un pays. Principalement pointés du doigt, les promoteurs d’établissements scolaires rejettent le tort sur les gouvernants dont ils disent ne pas recevoir d’appui notoire, d’où la hausse régulière du coût de la scolarité.

Dans la même veine et d’après certains experts dans le domaine de l’éducation, l’institution d’une « Taxe sur l’éducation » en Afrique pourrait constituer une autre alternative au problème du financement des études. Ladite taxe aiderait alors à mieux assoir le principe de la gratuité de l’école maternelle, primaire et pourquoi pas secondaire qui reste un leurre dans bon nombre d’Etats africains comme le Cameroun, où l’on a pourtant annoncé son instauration il y a plusieurs années.

L’amélioration du pourvoir d’achat des populations africaines représente également une issue au problème. En effet, en plus des faibles salaires dans la fonction publique et au sein d’une bonne frange d’entreprises privées, les Petites et moyennes entreprises (PME) locales accusent très souvent vis-à-vis de l’Etat, des retards importants au niveau du paiement de leurs prestations. Une situation qui entraine inéluctablement des arriérés de salaires.

Par ailleurs, le coût des fournitures scolaires reste très élevé. Et pour cause, les Etats africains ne disposent pas encore d’industries locales de production de livres par exemple. Pour ravitailler la demande locale, les éditeurs africains sont contraints de passer les commandes de fabrication d’ouvrages scolaires auprès des pays asiatiques. Or, le coût du transport en Afrique et les différentes taxes douanières alourdissent le prix des livres sur le marché local.

Par J.S.Z