Chine-Afrique : Des contrats à la pelle à Pékin

La tenue du septième Forum sur la coopération sino-africaine qui s’est achevée ce mardi 4 septembre dans la capitale chinoise a été l’occasion pour l’Empire du milieu de renforcer sa place de partenaire majeur du continent auquel il a promis une aide de 60 milliards de dollars.

Au moment où s’achève le septième Forum sino-africain à Pékin, on peut dire que la Chine vient encore de conforter sa place de premier partenaire du continent africain. Ce rendez-vous qui s’est ouvert hier lundi s’assimilait à une démonstration de force de l’Empire du milieu, en présence d’une cinquantaine de dirigeants africains et des responsables des organisations internationales dont le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres. Comme annoncé il y a trois ans lors de la dernière rencontre des leaders des deux parties, le président chinois Xi Xinping a confirmé l’octroi d’une enveloppe de 60 milliards de dollars pour l’Afrique.

D’après le numéro un chinois, « cette aide » sera constituée de lignes de crédits à hauteur de 20 milliards, deux fonds (dotés de 10 et 5 milliards) pour soutenir le développement et au financement des importations des biens en provenance du continent. Grande surprise de l’ami chinois, l’annonce par le président Xi Jinping d’un don de 15 milliards de dollars « d’aide gratuite et de prêts sans intérêts ». Enfin, le président chinois a appelé les entreprises de son pays à investir 10 milliards de dollars chez le partenaire africain.

La bonne moisson

De ce qui précède, on peut affirmer que le rendez-vous de Pékin a été bénéfique pour les Africains. Le thème retenu était d’ailleurs « Chine et Afrique : vers une communauté de destin encore plus solide via une coopération gagnant – gagnant ». Avant le début officiel du Forum lundi, ceux-ci affichaient déjà des sourires peu après leur venue en terre chinoise. Et pour cause, la signature de contrats bilatéraux entre leurs pays et le partenaire chinois quelques jours avant le début des assises.

Arrivé le premier en Chine, le président ivoirien Alassane Ouattara a paraphé neufs contrats avec son homologue chinois. Le Camerounais Paul Biya a assisté à la signature de nouveaux accords avec l’Empire du milieu et a également obtenu près de 3 millions de dollars (1,7 milliards de FCFA) pour le plan d’assistance humanitaire en cours dans les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest en crise.

Ali Bongo du Gabon a pour sa part obtenu 208,2 millions de dollars pour la construction d’une centrale hydro-électrique dans son pays. Idem pour le Nigeria de Muhammadu Buhari qui va bénéficier de 328 millions de dollars pour la réalisation des infrastructures de télécommunication. L’Egypte s’est offerte la plus importante part des contrats pour un montant total de plus d’un milliard de dollars : 830 millions sont destinés à la création d’une zone industrielle textile offrant plus de 10 000 emplois, 125 millions pour établir une usine de production de plaques de plâtre et 50 millions serviront à la réalisation d’un projet de production et de fourniture de produits non tissés et des matériaux modernes.

Tel que souhaité par Xi Jinping, « la nouvelle route de la soie » est en train de prendre forme. Une bonne nouvelle pour Pékin qui mise sur de nouveaux marchés (dont de nombreux en Afrique) pour contourner les affres de la guerre commerciale qui l’oppose actuellement à Washington. Depuis 2015, les investissements chinois en Afrique se sont élevés à 3 milliards de dollars d’après le ministère chinois du Commerce. Le prochain Forum sur la coopération sino-africaine se tiendra en 2021 à Dakar au Sénégal.

Par Ange Atangana

Positionnement: La Chine veut garder la mainmise sur Afrique

mini-dossier

Ouvriers chinois et africains sur un chantier de construction au Kenya (Photo DR)

A travers sa politique expansionniste, le géant asiatique vient une fois encore de démontrer son intérêt croissant pour le continent, à l’occasion du 7ème Forum sur la coopération sino-africaine.

La Chine ne cache pas ses ambitions pour l’Afrique qui représente à la fois grâce à son potentiel naturel humain, un important vivier de matières premières et un véritable débouché. Objet de toutes les convoitises,  le continent noir est considéré comme une terre d’avenir avec un sol et un sous-sol immensément riches et une population majoritairement jeune. Il est donc tout à fait normal de voir le pays de Xi Jinping, multiplier avec foisonnement les offensives politico-économiques sur le continent comme cela a été le cas au cours de la dernière décennie, au point de devenir sans surprise et ce pour la neuvième année consécutive en 2017, le premier partenaire économique de l’Afrique. Les échanges commerciaux sans cesse croissants le révèlent d’ailleurs à suffisance. Ils ont atteint le chiffre mirobolant  de 170 milliards de dollars l’année dernière entre les deux parties, contre seulement 70 milliards de dollars dix ans plus tôt.

Pour mieux consolider sa place de leader en Afrique et gagner davantage l’estime des pays africains, l’empire du Milieu a entrepris d’œuvrer indubitablement au développement du continent. Ce n’est donc pas le fruit du hasard si le géant asiatique a annoncé le 3 septembre à l’ouverture de la rencontre de Pékin, qu’il allait consacrer 60 milliards de dollars supplémentaires au développement économique des pays africains à travers des projets « concrets, viables et durables ». Il faut préciser dans cette même veine que les sommes accordées par la Chine au développement de l’Afrique, sont de loin supérieures à celles des autres partenaires au développement du continent.

Mieux plaire aux Africains

Comme pour mieux plaire à l’Afrique, la deuxième puissance économique au monde en terme de Produit intérieur brut (PIB) s’attèle également à annuler régulièrement la dette des nations africaines vis-à-vis d’elle. « La dette due à l’Etat chinois sur les prêts sans intérêt remboursables à fin 2018 sera effacée pour les pays africains les plus pauvres et endettés », a déclaré le président lors du Forum. Il est notamment question à travers cette initiative, de tenir à bonne distance, les traditionnels alliés occidentaux de l’Afrique (France, Union européenne, Etats-Unis) qui tentent de revenir tant bien que mal en pole position sur le continent.

Longtemps embryonnaire, la présence de la Chine est donc aujourd’hui affirmée en Afrique. L’on évoque l’existence de près de 10.000 entreprise chinoises installées sur le continent. On les retrouve principalement dans les domaines des Bâtiment et travaux publiques (construction des routes, ponts, infrastructures sportives, culturelles  et hospitalières), l’énergie (construction des barrages électriques et des installations solaires et éoliennes), le transport (commercialisation des motos, voiture, camions, wagon, avions), les Technologies de l’information et de la communication (commerce de téléphones et Smartphones) ou encore l’industrie de l’habillement (vente de vêtements, chaussure et autres). A noter ici qu’en plus d’être adaptés aux besoins des Africains, les prix des produits chinois sont relativement bas comparés à ceux de leurs concurrents asiatiques, européens et américains.

Sur le plan culturel, la Chine a également décidé de franchir les barrières. En plus du mandarin (langue chinoise) désormais enseigné gratuitement dans bon nombre de pays africains au sein des instituts Conficius crées en 2004 à travers le continent pour diffuser la culture chinoise, les Africains peuvent également apprendre les arts martiaux originaires de ce pays comme le Kung-fu. De quoi susciter un alésage de cultures à même de favoriser une meilleure coopération économique.

Par Joseph Samuel Zoé