Francophonie : L’Afrique peut-elle reprendre les commandes ?

Candidate à la prochaine élection au poste de Secrétaire général de l’OIF, la rwandaise Louise Mushikiwabo espère marcher sur les pas du Sénégalais Adou Diouf et de l’Egyptien Boutros Boutros-Ghali qui avaient déjà occupé cette prestigieuse fonction entre 1998 et 2014.  

L’organisation internationale de francophonie (OIF) va élire un nouveau Secrétaire général (SG) dans un mois. Ce sera lors de son prochain sommet prévu du 11 au 12 octobre prochain à Erevan en Birmanie. Candidate déclarée à sa propre succession, Michaëlle Jean qui a été élue en 2014, espère briguer un second mandat à la tête de cette organisation dont l’une des missions phares est de promouvoir la langue française, ainsi que la diversité culturelle et linguistique à travers le monde.

En attendant d’autres candidatures, la québécoise de 61 ans aura pour principale adversaire une Africaine. Il s’agit de la rwandaise Louise Mushikiwabo, actuelle ministre des Affaires étrangères dans son pays. Présentée comme un challenger de poids, Mme Mushikiwabo bénéficie du soutien de la France à travers son président Emmanuel Macron, qui a déclaré en mai dernier qu’elle « a toutes les compétences pour exercer cette fonction ».

Outre la France, la Rwandaise de 57 ans peut compter sur l’Afrique pour devenir la clé de voûte du dispositif institutionnel de la Francophonie. L’Union africaine a de ce fait entériné sa candidature lors du dernier sommet des chefs d’Etat et de gouvernement en juillet 2018 en Mauritanie. Louise Mushikiwabo qui a depuis lors entamé une opération de charme auprès des dirigeants africains membres de l’OIF, n’hésite d’ailleurs pas à se présenter comme la « candidate africaine » qui doit « porter les ambitions et les valeurs des membres africains ».

Elle place l’emploi des jeunes au centre de sa campagne et espère faire bouger les lignes dès son élection. « Une organisation comme la Francophonie a l’avantage de pouvoir créer des ponts entre les pays membres. Je suis frustrée de ne pas voir assez le secteur privé francophone organisé, alors qu’il y a beaucoup d’hommes et de femmes d’affaires francophones qui sont engagés, qui sont capables de faire des choses. L’emploi des jeunes touche automatiquement à la question de la migration, à la problématique de la radicalisation », a-t-elle déclaré dans une interview accordée début août dernier à l’AFP.

Tout n’est pas gagné

Au vue de tous ces appuis, on peut donc s’attendre à voir la Rwandaise réputée dure et assez tranchante dans ses prises de positions,remporter haut la main l’élection au poste de SG de l’OIF. Mais c’est sans compter avec les nombreuses accusations de violation de droits de l’homme, et de l’absence de promotion de la démocratie dont fait l’objet son pays.

Le Rwanda est en outre très critiqué quant à la promotion des valeurs de la francophonie et de la langue française. Dans la constitution en vigueur actuellement dans le pays, le français qui était autrefois enseigné dans le système éducatif rwandais, a été remplacé en 2008 par l’anglais comme langue d’enseignement depuis le primaire jusqu’à l’université. Le président Paul Kagame qui ne s’exprime plus publiquement en français depuis belle lurette avait alors déclaré à cet effet: «nous donnons la priorité à la langue qui rendra nos enfants plus compétents et qui servira notre vision de développement du pays».

Par Joseph Samuel Zoé