Um Nyobe : Souvenir d’un nationaliste camerounais mort pour sa patrie

Le 13 Septembre 1958, le « Mpondol » quittait le monde des vivants de façon tragique. 60 ans plus tard, que reste-t-il de son combat.

Voilà 60 ans que le porte-parole des populations du Cameroun Oriental et Occidental a été lâchement assassiné par le colon pour avoir réclamé l’indépendance et l’Unification des deux Cameroun. Il est né en 1913, dans l’arrondissement d’Eseka région du Centre Cameroun. Très tôt, le jeune camerounais s’intéresse aux mouvements syndicalistes et milite dans l’Union des Syndicats confédérés du Cameroun. Toutefois, le champ d’action des mouvements syndicaux reste très limité et réduit à la revendication de l’égalité salariale.

En septembre 1945, les colons ouvrent le feu sur les grévistes, manifestation dans laquelle participaient Um Nyobe et bien d’autres combattants. Cette émeute fit plusieurs dizaine de morts. C’est alors que celui qui sera plus tard la figure de proue de la lutte indépendantiste et de l’Unification du Cameroun prendra conscience de la mission qui lui est assignée devant l’histoire.

Il entreprend ensuite de s’associer à ses autres pairs d’Afrique pour une lutte beaucoup plus soutenue. Il prend part à la création du Rassemblement démocratique Africain à Bamako. De retour du Mali, il met sur pied la création de l’Union des populations du Cameroun (UPC) le 10 Avril 1948. Ce fut le tout 1er parti politique camerounais.

Outre les luttes idéologiques et la capacité de ce parti à fédérer tous les Camerounais autour d’un idéal : l’Indépendance sans condition et l’Unification des deux Cameroun jadis unis, l’un des temps fort de ce grand combattant de la liberté des peuples africains aura été son Intervention à la tribune des Nations le 15 Décembre 1952. « Il est question de demander à l’organisation des Nations unies de trouver de véritables solutions qui permettront aux Camerounais d’accéder à leur indépendance dans un avenir raisonnable, c’est- à-dire le plus proche possible. Et nous sommes modérés dans notre action. Nous ne demandons pas d’indépendance immédiate. Nous demandons l’unification immédiate de notre pays et la fixation d’un délai pour l’indépendance », dixit Ruben Um Nyobe à la 4ème commission des Nation Unies à New York.

Deux ans après sa mort, le Cameroun Oriental accède à l’indépendance en 1960. Un an après, c’est le tour du Cameroun Occidental d’acquérir son Indépendance. Comme il l’avait toujours souhaité, l’Unification était le préalable de l’Indépendance du Cameroun tout cours. C’est ainsi que le referendum d’octobre 1961 viendra pour restaurer la volonté de tout un peuple évoqué aux Nations Unies par le « Mpodol » qui signifie porte-parole.

Le spectre de la division est de retour

De nos jours, et au mépris des luttes et du sang versé par les pères de la nation camerounaise, les sons des séparations se font entendre, d’autres se réclament de culture anglophones et d’autres francophones. Certains vont même jusqu’à affirmer que le Cameroun existe depuis 1960 seulement. Voulant ainsi nier autant de sacrifices consentis par ces hommes et femmes pour cette indépendance et cette unité qui reste à parfaire.

Que dire donc de ce qui reste de son parti l’UPC, une véritable honte ni plus ni moins. Le symbole de la lutte de tout un peuple mis aux mains des personnes sans foi ni loi de 1990 à ce jour.

En dépit de toutes les ingratitudes que ce monument de la lutte pour l’Unité puis l’indépendance du Cameroun a connues, il demeure dans les cœurs et l’esprit camerounais comme le père de l’unité et de l’indépendance de tout ce peuple qui lui voue une éternelle reconnaissance.

Par Simon Metsengue