Présidentielle au Cameroun : La bataille communicationnelle gagne du terrain

Ouverte officiellement le 22 septembre dernier, la campagne électorale laisse peu d’espace à certains candidats dont les affiches se font encore attendre sur la place publique.

Depuis le petit matin du samedi 22 septembre dernier, marquant officiellement l’ouverture de la campagne électorale, les artères du territoire national camerounais sont parées à divers degrés aux couleurs des neufs candidats en lice à la présidentielle du 7 octobre prochain. A Yaoundé, la capitale, chaque candidat essaye de se manifester, tant la ville est dominée par les affiches bleues floqués du slogan « La force de l’expérience » de Paul Biya, qui brigue un septième mandat. Sur la place publique, la plupart des affiches sont celles du candidat du RDPC.

Les autres candidats essayent tout de même d’apporter une réplique certes timide au président sortant. L’entrepreneur Serge Espoir Matomba, candidat du Peuple uni pour la rénovation sociale (PURS) s’est notamment distingué avec son « campaign car » habillé à son image. Misant sur une campagne de proximité, le candidat de 39 ans préfère se déployer sur le terrain. Depuis samedi, la caravane du PURS s’est essentiellement rendue dans les localités de la région du Littoral. Une région également choisie par son jeune challenger Cabral Libii dont les meetings ont drainé du beau monde à Edéa et à Douala. Bien que ses affiches soient pratiquement inexistantes jusqu’ici, on peut tout de même apercevoir ses militants çà et là, arborant des t-shirt avec les mentions « 11 millions de citoyens », du nom du mouvement qu’il avait lancé il y a un an pour inciter les populations à s’inscrire sur les listes électorales.

Débuts timides

Comme énoncé précédemment, il est difficile de trouver toute trace des autres challengers à Paul Biya. A Essomba, un quartier périphérique de Yaoundé, on peut apercevoir un rare panneau portant l’image de Maurice Kamto du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). Idem au quartier Omnisport, où quelques formats avec le portrait de Garga Haman Adji (Alliance pour a démocratie et le développement, ADD) sont collés sur des lampadaires. Même son de cloche pour le candidat Adamou Ndam Njoya dont quelques banderoles et affiches ont été exhibées près du QG de son parti (Union démocratique du Cameroun, UDC) à Hippodrome et à Etoa-Méki. A la télévision nationale mardi dernier, les équipes de celui qui est par ailleurs maire de Foumban assuraient que les kits et autres gadgets de communication seront déployés au fur et à mesure.

S’il est vrai que tous les coups sont permis en politique, il faut tout de même dénoncer quelques incidents survenus entre les représentants des candidats. Sur certaines vidéos devenues virales, on peut apercevoir des militants de certains candidats arracher les affiches des adversaires pour y disposer celles de leur champion. Un comportement qui peut expliquer en partie l’absence des effigies de certains postulants à la Présidence du Cameroun sur les lieux publics.

Par Ange Atangana

Affiches et banderoles : Le candidat Biya marque des points

jeune biya

Ses images sont présentes dans tous les coins des petites et grandes agglomérations du pays. Il est clair que jusqu’ici, ses adversaires ne font pas le poids face à sa grosse armada.

L’effervescence autour de l’élection présidentielle du 7 octobre prochain va crescendo au Cameroun, surtout depuis le lancement officiel de la campagne pour les neuf postulants. Candidat à sa propre succession, le président sortant Paul Biya s’illustre déjà de fort belle manière et semble avoir pris de l’ascendant sur ses adversaires, notamment sur le plan communicationnel.

Au Palais des congrès de Yaoundé, c’est le grand remue-ménage depuis le 22 septembre. Le lieu est le point de départ des tonnes de matériel de campagne de Paul Biya. En provenance de l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen, le matériel est entassé et stocké dans l’une des halles de l’édifice aménagée à cet effet. La distribution se fait sous la supervision  de certains responsables du « parti du flambeau ardent ». Des centaines de véhicules, principalement des camions, fourgonnettes et pick-up sont chargés et repartent pour diverses destinations afin de battre campagne.

Sur le terrain, les affiches et banderoles du candidat du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC) ont envahi les grandes agglomérations du pays. A Yaoundé et à Douala notamment, ses images placardées sur les murs des espaces publics et des domiciles privés prédominent. On les retrouve à profusion dans toutes les artères de ces deux grandes villes. Idem pour les panneaux publicitaires géants et les écrans géants installés au carrefour de la Poste centrale. « C’est difficile de parcourir une dizaine de mètres sans voir une affiche ou une banderole de Paul Biya. Vraiment sur ce plan, il fait une démonstration de force et écrase totalement ses adversaires », confie Norbert N., taximan à Yaoundé.

De même, présentés en grande pompe sur la télévision nationale en début de semaine, les « campaign car » à l’image du « candidat naturel » du RDPC commencent à sillonner les avenues de la capitale camerounaise. Bref, tout l’arsenal a été déployé pour faire la part belle à Paul Biya.

En effet, le président-candidat ne se fait pas seulement remarquer à travers ses affiches et ses banderoles. Sa campagne prend également de l’ampleur avec les quantités importantes de gadgets distribués à ses militants et aux populations. Il s’agit entres des pagnes, des tee-shirts, des casquettes et chapeaux, des écharpes, des foulards, des parapluies, des sacs à dos et même des ballons et des clés USB. Tous ces objets portent son slogan de campagne : « La force de l’expérience ».

Par Joseph Samuel Zoé

Campagne présidentielle: Il faut y mettre le paquet !

Papier DP

 

Depuis plusieurs mois maintenant, les candidats au fauteuil présidentiel multiplient des actions de séduction pour convaincre l’électorat camerounais estimé à 6,5 millions d’électeurs. Ces opérations nécessitent des coûts énormes pour assurer l’image et présenter les programmes des différents prétendants.

Dans toutes les villes et tronçons interurbains, les affiches des différents candidats inondent la vue des habitants. Cette communication par l’image a un coût non négligeable. Pour investir un panneau publicitaire de son affiche, il faut en effet prévoir en moyenne la somme de 50 000 FCFA pour la taille de 6×4 ou  3×4 pour un mois. Pour les 360 arrondissements que compte le pays et en prévoyant au moins 4 panneaux par circonscription, l’affichage reviendrait à 73 millions de FCFA, sans compter la conception et la production de ces affiches qui peuvent être estimées  à la moitié sinon  à la même somme que l’affichage. Que dire alors de la campagne télé, radio et presse. Les temps d’antenne se chiffrent en  centaines de milliers de francs. Les antennes des radios, télés et les colonnes des presses ne sont toujours pas gratuites.

Les médias sociaux aussi ne sont pas en reste. Certains ont pensé que ces médias sont gratuits mais à tort. Les candidat ont en effet la possibilité de créer un compte, une page, un groupe ou encore un site gratuitement ou à moindre coût avec des plugins ou templetes  gratuites. Mais il faut booster les publications à coût de centaines de dollars pour être vu par les plus de 3 millions d’internautes que compte le Cameroun.  Le candidat débourserait alors en moyenne 1.500 dollars par jour et en 10 jours il franchira le cap de 15.000 dollars. A cela s’ajoutent les followers qui  se chargent d’animer la page ou la publication et ce n’est pas tout : le montage des clips, spots, concerts géants pour attirer le maximum de personnes.
Lors du vote proprement dit, chaque candidat devra avoir autour de 25.000 scrutateurs. Pour la seule journée du 7 Octobre 2018, il faudrait alors au moins 60 millions de FCFA pour entretenir  leurs représentants dans les bureaux de vote.

Des initiatives pour obtenir des financements

Cependant, le financement de la campagne électorale au Cameroun est régi par plusieurs lois entre autres  l’article 276, l’article 277,  l’article 284 du Code électoral. Dans le budget 2018, l’Etat a voté 50 milliards pour l’organisation des élections prévues cette année, mais au final trois des quatre scrutins ont été reportés. Cela dit, même  si l’Etat apporte un soutien financier jugé modeste lors de cette présidentielle par la plupart des candidats, les partis engagés dans la course sont obligés de recourir aux collectes au sein des membres et sympathisants pour pouvoir toucher le maximum d’électeurs. En somme, “il faut avoir un peu  plus 500 millions de FCFA pour être sûr de toucher un maximum d’électeurs”, révèle un membre influent de l’état major du parti Univers.

L’aspect financier demeure donc un pan clé pour assurer une victoire à une élection au Cameroun. C’est pour ce faire que les partis et mouvements les moins implantés et n’ayant pas suffisamment de membres, peinent le plus souvent à vulgariser leur programme auprès de l’électorat.

Par Simon Metsengue