Présidentielle au Cameroun : Maurice Kamto défie le Conseil constitutionnel

Malgré des dispositions de la loi camerounaise interdisant formellement la divulgation des tendances ou de tout résultat partiel, le candidat du MRC a annoncé ce lundi au cours d’une conférence de presse sa victoire à la dernière élection présidentielle.

La conférence de presse de Maurice Kamto a longtemps été repoussée. D’abord prévue en matinée à Yaoundé (Nlongkak) au Quartier général (QG) du candidat du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) à la dernière élection présidentielle, la rencontre avec la presse s’est finalement tenue au siège du parti au quartier Odza. Même la présence des éléments de la police et de la gendarmerie n’a pas dissuadé l’ancien enseignant d’université et toute son équipe.

« J’ai reçu mission de tirer le pénalty historique. Je l’ai tiré. Le but a été marqué. Je prends à témoin l’opinion nationale et internationale qui a rendu possible dans notre pays une alternance démocratique (…)  J’ai reçu du peuple camerounais un mandat clair que j’entends défendre fermement jusqu’au bout, » a déclaré sans ambages Maurice Kamto. Comme pour confirmer sa « victoire », le candidat MRC a invité le président Paul Biya au pouvoir, « à organiser les conditions d’une transmission pacifique du pouvoir afin de mettre le Cameroun à l’abri d’une crise post-électorale dont notre pays n’a nullement besoin car elle compromettrait son avenir ».

Jeu dangereux

Cette situation est la conséquence des nombreuses dérives observées depuis hier 7 octobre quant à la publication des résultats dans certains bureaux de vote au Cameroun et au sein de la diaspora. En effet, passant outre l’une des dispositions de la loi électorale camerounaise qui interdit formellement la divulgation des tendances ou de tout résultat partiel, certains internautes ont pris d’assaut les réseaux sociaux pour dévoiler sans la moindre raison avec parfois des images à l’appui, les choix des électeurs.

Le ton est venu de la diaspora. Bien avant la fermeture du scrutin au Cameroun, bon nombre de personnes étaient déjà informées des résultats dans les bureaux de vote de la Chine, la Russie et dans certains pays d’Europe par exemple. Une situation qui était susceptible d’influencer le choix de ceux qui ne s’étaient pas encore rendus aux urnes ailleurs.

Cette bataille des chiffres s’est accentuée dès la fin des dépouillements sur le territoire camerounais en début de soirée, dans les près de 25.000 bureaux de vote mis en place par Elections Cameron (Elecam). Certains n’ont même pas attendu l’élaboration et la signature des différents procès verbaux par les responsables d’Elecam et les représentants des partis politiques, pour balancer les résultats sur la toile. « Nous avons reçu les consignes de filmer les tableaux avec les résultats dès la fin du dépouillement et d’envoyer la photo au QG », a révélé un observateur d’un parti politique de l’opposition  à Yaoundé.

A défaut d’une photo, certains écrivent tout simplement les résultats de chaque candidat avant d’envoyer dans des groupes ou sur leur page à Facebook ou WhatsApp. D’autres pour faire plus crédibles, filment les procès-verbaux de dépouillement du scrutin. C’est le cas du journaliste Guibai Gatama, Directeur de publication de L’œil du Sahel, qui a publié des centaines de documents liés aux résultats du scrutin sur sa page Facebook baptisée pour la circonstance : « Observateur d’un jour, 7 octobre 2018 ».

Caractère subversif

Quel qu’en soit la forme, il est difficile de vérifier la véracité de tous ces documents, même s’ils peuvent permettre de se faire une idée sur l’issue du scrutin et contrer toute tentative de fraude. Le souci réside plutôt dans le caractère subversif de ces résultats, au cas où ces derniers s’avéraient être faux.

En effet, si les médias au même titre qu’Elecam ont reçu toute interdiction de publier les moindres tendances, ce n’est pas le cas des réseaux sociaux qui sont moins contrôlables. Avec la percée des Nouvelles technologies de l’information et de la communication et particulièrement d’internet dans le pays, n’importe qui peut publier n’importe quoi sur la toile sans vérification préalable. Ce qui représente un véritable danger sur le plan social, surtout dans ces moments d’angoisse liés à l’attente des résultats d’une élection présidentielle jugée cruciale par les observateurs de la scène politique nationale et internationale.

Par Joseph Samuel Zoé