Louise Mushikiwabo : Le nouveau visage féminin de la Francophonie

La Rwandaise succède à la Canadienne Michaëlle Jean au poste de secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie et entend défendre les valeurs de cet espace malgré les critiques envers le régime de Kigali.

Il n’y aura pas eu de suspense ce vendredi à Erevan, la capitale arménienne, où s’achevait le 17e Sommet de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF). Louise Mushikiwabo, la ministre rwandaise des Affaires étrangères, a été désignée secrétaire générale de l’institution francophone après un huis-clos entre les dirigeants de cet espace. Elle succède à une autre dame, la Canadienne Michaëlle Jean, élue en 2014. Si cette dernière était la première femme à diriger l’OIF, la Rwandaise  devient la première africaine à qui est confiée cette mission.

Toujours dans l’ombre de son chef Paul Kagamé, Louise Mushikiwabo tient à travers cette distinction, on peut le dire, le prix de sa loyauté et de son travail auprès du président rwandais. Rentrée définitivement au pays en 2008 après des études aux Etats-Unis et des fonctions au sein de la Banque africaine de développement, elle fait son entrée au gouvernement en tant que ministre de l’Information. Décrite comme « acharnée et dévouée », c’est donc logiquement qu’elle prend les commandes d’un poste de souveraineté en étant propulsé en 2009 au ministère des Affaires étrangères.

Dure comme fer

La candidature de la cheffe de la diplomatie rwandaise a essuyé nombre de critiques, dont une émanant de préjugés s’agissant de la situation des droits de l’homme dans le pays. Il n’y a pas moins d’un mois encore, 2000 prisonniers ont été graciés par le président Kagamé. De même, le français n’étant que peu valorisé au Rwanda au détriment de l’anglais, certains voient mal comment cette dame de 57 ans peut défendre la langue de Molière qui reste l’une des langues officielles du pays. Ce d’autant plus que son enseignement a été écarté au profit de celle de Shakespeare.

Si des griefs ont été entendus dès l’annonce de sa candidature officielle à Paris en mai dernier à l’occasion d’une visite du président Kagamé à l’Elysée, la désormais patronne de l’OIF entend défendre les valeurs que promeut l’institution. Pour ce faire, elle propose une certaine proximité afin de mieux gérer les crises et autres situations critiques. « Pour moi, la meilleure manière de gérer notre mission par rapport à la démocratie et aux libertés, c’est de se tenir tout près des États, de leur donner conseil, quelques fois même de les aider », soulignait-elle lors d’un récent entretien. Au sujet de la place du français, elle propose d’avoir « une attitude proactive » malgré « l’omniprésence de l’anglais » qui ne signifie pas que « la langue française ne peut pas faire valoir ses avantages, ses atouts ».

Pour son mandat, Louise Mushikiwabo promet de mettre davantage en lumière l’organisation dont elle aura la charge et de placer la jeunesse au centre de son action. « Ma première mission sera de donner une meilleure visibilité à notre organisation. Je suis convaincue que nous pouvons avoir plus d’impact. (…) La jeunesse sera au centre de mon action. Dans les nombreux pays que j’ai visités ces derniers mois, l’accès des jeunes à l’emploi est une préoccupation importante. Une organisation comme la nôtre peut servir d’élément déclencheur et contribuer à créer des opportunités pour les jeunes. J’aimerais que l’on fasse quelque chose pour cette jeunesse tellement désespérée qu’elle en arrive à se jeter dans la Méditerranée. »

Victoire rwandaise

Avec cette victoire, le Rwanda continue d’étendre son influence sur le plan international. Quelques mois après son arrivée à la tête de l’Union africaine pour une durée d’un an, Paul Kagamé signe une nouvelle victoire. Le président rwandais qui entend mener les réformes actuelles au sein de l’UA, a su bénéficier du soutien de ses pairs pour porter son soldat au sommet de la Francophonie.

Ayant participé à la reconstruction de son pays après le génocide de 1994, Louise Mushikiwabo compte mettre son expérience au service des pays en difficulté afin de surmonter la crise, sinon éviter le pire. Elle entame son mandat d’une durée de quatre ans en janvier 2019.

Par Ange Atangana