Période post-électorale : Une équation difficile à gérer en Afrique ?

Entre contestations et affrontements quelquefois armés, les lendemains d’élections représentent des moments d’angoisse et d’incertitude sur le continent.

En l’espace de quelques jours, plusieurs pays d’Afrique dont le Cameroun, le Gabon et la Côte d’Ivoire ont abrité des scrutins électoraux. Au-delà des difficultés liées à l’organisation de ces élections (présidentielles, législatives, municipales et régionales), la période post-électorale reste un moment très délicat dans la vie de ces nations comme partout ailleurs sur le continent. Il faut dire que très souvent, les contestations pour « fraudes et irrégularités », apanage des candidats de l’opposition avant ou après la proclamation des résultats, ne facilitent pas la gestion de cet intervalle.

Au Cameroun par exemple, après le rejet ce vendredi des 18 recours déposés par l’opposition auprès du Conseil constitutionnel pour invalider le scrutin présidentiel du 7 octobre dernier, les populations attendent dans une sérénité relative, la proclamation des résultats d’ici le 22 octobre. Et pour cause, certains leaders politiques dont Maurice Kamto du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC) et Cabral Libii du parti Univers, qui avaient déjà tous les deux revendiqué chacun sa victoire au lendemain du scrutin, contestent désormais le verdict annoncé des urnes qui donne le président sortant Paul Biya vainqueur.

Comme Cabral Libii qui a appelé « le peuple à se tenir prêt pour défendre sa victoire », le professeur Maurice Kamto a déclaré qu’il entendait « défendre son mandat fermement jusqu’au bout ». Autant de discours qui créent la psychose au sein de la population, et qui sont susceptibles de plonger le pays dans une crise post-électorale indécise, aux conséquences néfastes comme cela avait déjà été observé ailleurs dans le passé.

Chasser le spectre de la violence

Au Kenya, suite aux contestations de l’opposant Raila Odinga au terme de l’élection présidentielle tenue le 8 aout 2017 dans le pays, de violents affrontements entre partisans des deux camps avaient éclaté après la publication des résultats, faisant au moins 16 morts selon un bilan officiel. Après un recours déposé par le candidat de l’opposition, la Cour suprême kenyane avait alors annulé quelques semaines plus tard à la surprise générale, la victoire de Uhuru Kenyatta. Mais le président sortant allait une fois encore remporter le nouveau scrutin après le désistement de son principal rival.

C’est toujours en période post-électorale que le Gabon a lui aussi connu un des moments les plus tragiques de son histoire. Suite aux contestations des résultats de l’élection présidentielle d’août 2016 par l’opposant Jean Ping, des affrontements entre militants de l’opposition et l’armée ont causé la mort des centaines de personnes sans oublier les nombreux dégâts matériels. Au final, Ali Bongo, le président sortant et vainqueur désigné, ne flanchera pas.

Les cas de la Gambie avec le départ controversé de Yahya Jammeh en décembre 2016 et de la Côte d’Ivoire qui a eu deux présidents pendant plusieurs mois en 2011, sont tout aussi évocateurs des difficultés qu’éprouvent les Africains à gérer l’après élection.

Solutions

En effet, à l’exception d’une poignée de pays (Sénégal, Ghana, Nigeria, Afrique du Sud, Bostwana…) qui ont connu des transitions moins tourmentées, les élections sont souvent contestées en Afrique et débouchent sur une vague de violences. De nombreux analystes politiques pointent un doigt accusateur sur les différents processus électoraux en place.

Pour y remédier, l’économiste et enseignant d’université marocain Hicham El Moussaoui, préconise « une réforme institutionnelle visant l’instauration et la consolidation de l’état de droit, de la justice et l’amélioration de la transparence de manière à protéger les droits de vote des électeurs comme les droits d’éligibilité des candidats ».

Par Joseph Samuel Zoé