Franc CFA: Une nouvelle dévaluation aurait été de trop!

Depuis la rencontre à Paris le 8 Octobre 2018, entre ministres des finances, gouverneurs des banques centrales et présidents des institutions régionales de la zone franc et le ministre français des finances, les pays de la CEMAC qui ont en commun l’utilisation du Franc CFA avaient perdu le sommeil. Et pour cause, une nouvelle dévaluation annoncée dans la zone Afrique centrale uniquement, devait être entérinée lors du sommet extraordinaire de N’Djamena le 25 du mois en cours.

Après celle de 1994, la nouvelle dévaluation se justifierait par l’ajustement aux réalités économiques de la zone franc en Afrique centrale. Contrairement à l’année dernière, 2018 connait un retour à la croissance de la majorité de ces pays (Cameroun, Gabon, Guinée Equatoriale, Tchad). Ces nations connaitraient un excédent commercial évalué à 7,63 milliards d’euros ; même s’il est vrai que la balance de paiement va se creuser d’avantage et pourrait se situer à l’ordre de 3,9 milliards d’euros cette année.

L’alerte avait été donnée en Décembre 2016 lors du sommet extraordinaire de Yaoundé qui aboutissait à la prescription par le Fonds Monétaire International (FMI), des retours aux ajustements structurels. Deux ans plus tard, même s’il y a eu des améliorations de gestion dans la Communauté Economique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) et par ricochet une lente croissance, cette zone n’est pas sortie du spectre d’une nouvelle dévaluation. D’après le FMI, la Guinée Equatoriale et le Congo ayant un taux d’endettement inquiétant, se doivent de respecter intégralement les prescriptions faites dans la capitale camerounaise sans quoi, le retour à la croissance enregistré cette année, va rapidement s’amortir et la dévaluation sera dès lors, inévitable.

Toutefois, il y a lieu de se poser quelques questions sur cette épée de Damoclès qui plane toujours  sur la zone CEMAC, car depuis plus d’un demi-siècle, le Franc CFA continue de perdre de sa valeur. Pourtant, il y a eu de longues périodes de prospérité aux cours desquelles cette monnaie aurait pu être réévaluée par rapport au Franc français voire à l’Euro. Hélas rien ! A qui profitait cet état de choses ?

Le Niet de la Guinée Equatoriale

C’est dans cet ordre d’idées que les autorités équato-guinéennes avec en tête leur président Obiang Nguema, se sont farouchement opposés à l’idée d’une nouvelle dévaluation. Par conséquent, ils ont demandé au trésor français d’endosser les revers des devises extérieures causés par la balance de paiement qui est en nette chute. Pour la simple raison que la France, pendant de nombreuses années, a profité de ce mécanisme de parité fixe du Franc CFA avec le Franc français, puis l’euro durant les périodes de prospérité de ces pays, lorsque les coûts de bruts étaient élevés sur le marché international.

La position de la Guinée Equatoriale est donc légitime. On ne peut pas engranger des bénéfices sans en assumer les pertes. Pendant la période de prospérité de ces pays qui sont tous producteurs de bruts, ce mécanisme de parité fixe bénéficiait à la France. Maintenant qu’il y a une chute impressionnante des prix du brut,  la France et le FMI leur brandissent une énième dévaluation.

Il semble donc clair qu’une nouvelle dépréciation de cette monnaie va créer une implosion sociale pour des peuples qui ont déjà payé le prix fort de ce traité inégal. Parler d’une nouvelle dévaluation c’est parler de la fin de cette sous devise  de l’euro  en zone CEMAC. Le Sommet de Ndjamena a su dire non à cette forfaiture.

Par Simon Metsengue