Harold Dzeudom : « Il faut repenser la politique du logement au Cameroun »

Le promoteur du Salon régional du bâtiment et de l’immobilier (SARBI) prévu du 5 au 8 décembre prochain à Yaoundé se confie au sujet de cet événement et revient même temps sur les réalités du secteur.

Vous êtes promoteur d’un événement qui s’intéresse à l’immobilier, qu’est-ce qui vous a poussé à lancer ce projet ?

Après une observation faite dans notre environnement, on a constaté qu’il y a beaucoup de propriétés foncières et très peu ont leurs titres fonciers. De même, une étude nous a révélé que la plupart des personnes pensent que cela coûtent cher alors que c’est juste un manque d’informations.  A ce propos, il faut dire que l’Etat joue un rôle autant que la population. Les pouvoirs publics ne communiquent pas assez sur la possibilité d’acquérir le permis de bâtir. On a donc pensé à créer une plateforme pour édifier les populations.

Aussi, ce qui nous a emmenés à mettre en œuvre ce projet c’est que dans le domaine de la construction, précisément dans le génie civil au Cameroun et en Afrique, il y a très peu d’innovation, nous respectons le règles qui viennent d’ailleurs : notamment la France et d’autres pays. Or, nos normes de construction doivent être adaptées à nos terres.  Autant mieux créer une plateforme d’échange pour remettre en question les problèmes liés à la construction dans ce pays.

On a également remarqué qu’ils sont très peu ceux qui savent quels rôles jouent le ministère de l’Habitat et du développement urbain, celui des Travaux publics et celui du Cadastre et des affaires foncières. Nous les techniciens nous nous voyons trop comme des concurrents sur le terrain. On s’est dit qu’il fallait mettre en place ces acteurs du bâtiment et du secteur de l’immobilier. Ils étaient également très nombreux à se poser la question « pourquoi payer la texte foncière ? ». A travers cette plateforme, nous voulons édifier les populations.

Par rapport aux autres événements consacrés à l’immobilier, qu’est-ce qui fait la particularité du SARBI ?

Bien avant qu’on ne se lance dans ce projet, on a remarqué que quelques plateformes déjà existantes ne mettaient pas en relief tous les acteurs du secteur du bâtiment. La différence est que nous mettons l’homme, le Camerounais lambda au centre de ce projet, parce qu’il doit être logé surtout lorsqu’on a atteint un âge mature. Nous mettons l’homme au centre pour que soit recensée la politique du logement au Cameroun. A peine 52% des Camerounais sont décemment logés. Or, il faut remettre en question tous ces facteurs.  C’est ce qui fait la particularité du SARBI.

Comment se porte le secteur du bâtiment et de l’immobilier au Cameroun ?

Pour être clair, il se porte très mal parce qu’il n’est pas encadré. Tant au niveau de la construction que celui de l’immobilier. Les institutions étatiques ne jouent pas assez leur rôle. Il faut créer l’attachement au métier chez les cadets : au niveau des étudiants et ceux qui sont oisifs au quartier. Il est très difficile aujourd’hui de lancer un chantier et de trouver facilement un maçon qualifié, un peintre, etc.

Quelles sont les difficultés du secteur ?

Au niveau des constructions, nous avons remarqué qu’elles pullulent de façon anarchique. Cela est dû au non-respect des normes de construction. Tout comme il faut avouer qu’il y a une gestion anarchique : c’est le bailleur qui construit sa maison, il fixe son coût, le locataire est en perpétuelle position de faiblesse face à celui-là. On déplore également ceux qui se lèvent et se disent agents immobiliers, alors qu’ailleurs c’est professionnel et encadré. Ces agents subissent une formation.

Quelles sont les solutions pour surmonter à court terme la crise de logements que connait le Cameroun depuis plusieurs décennies maintenant du fait de la hausse exponentielle de la population, notamment en zone urbaine?

Il faut édifier les populations et davantage ouvrir ce marché du logement aux hommes d’affaires. On doit repenser l’expression « logement social » et la politique de logement au Cameroun. Nous pensons qu’à travers cette plateforme nous sommes disposés à accompagner l’Etat à bien jouer son rôle.

Comment se passe la collaboration entre les promoteurs immobiliers que vous êtes et les pouvoirs publics?

Peut-être d’autres promoteurs collaborent avec l’Etat, mais nous à notre niveau il n’en est rien, pour le moment. Nous adressons des correspondances, dont certaines au ministère du Cadastre mais qui jusqu’ici n’ont pas de réponses. Idem pour ce qui est du ministère des Travaux publics. Il n’y a que le ministre de l’Habitat avec qui nous collaborons tant bien que mal. Depuis la première édition (2016, ndlr) c’est nous qui finançons ce projet avec le soutien de nos partenaires et mécènes.

Rendu à la deuxième édition du SARBI (5 au 8 décembre 2018), quelles en sont les nouveautés par rapport à la dernière édition ?

Déjà il faut noter que ça se tient à Yaoundé, au niveau de la Communauté urbaine. La première s’était à Bafoussam. Aussi, les partenaires ont augmenté, ça prouve qu’ils croient en ce projet. On aborde également de nouvelles thématiques pour remettre les problèmes des populations en question. Ceux-ci sont débattus par les entrepreneurs du secteur immobilier, les financiers et l’Etat. Pour rappel, ce salon a une partie conférence et une autre exposition. Nous soumettrons des projets et des recommandations à l’Etat concernant la politique de logement au Cameroun. Nous envisageons de primer ceux qui font l’éco-construction dans notre pays.

Jusqu’où comptez-vous aller avec votre projet ?

En tant que promoteur de cet événement, nous avons l’ambition d’aller très loin. Du fait de la dénomination qui est régionale, nous sommes en pourparlers avec nos partenaires et nous ambitionnons de couvrir toute l’Afrique centrale. Nous envisageons d’aller l’année prochaine au Gabon. Ce qui nous permettra de nous attaquer à ces problèmes de logement qui sont présents au Cameroun et qui peuvent l’être au Tchad et ailleurs.

Entretien mené par Ange Atangana