Cameroun : Biya lance le Mandat des « Grandes opportunités »

C’est dans une matinée ensoleillée que se sont donnés rendez-vous plusieurs dizaines de milliers de citoyens camerounais pour la prestation de serment du Président élu à l’élection présidentielle du 07 Octobre dernier. Amassésle long des rues de l’itinéraire qui va du Palais de l’Unité à l’hémicycle de Ngoa-Ekélle, ces milliers de citoyens venus de toutes les couches sociales ont tenu à venir rendre hommage à Paul Biya. 

C’est en fin de matinée que le vainqueur de l’élection du 7 octobre au Cameroun est entré dans la somptueuse salle de l’hémicycle à Yaoundé pour le rituel de la prestation de serment devant les élus, les corps constitués, les hautes personnalités militaires, les diplomates et les représentants des organisations onusiennes.

Après, avoir chanté l’hymne nationale du pays, le Président de la chambre basse du parlement, l’Honorable Cavaye Djibril, a tenu à remercier l’assistance mais surtout à magnifier le calme avec lequel le dit scrutin s’est déroulé, avant de passer au rituel devant aboutir à la prestation de serment proprement dite.

Après cet instant inédit, arrive le discours inaugural. Dans son allocution, Paul Biya a jeté un regard sur son  bilan des sept précédentes années. De la sécurité à l’économie, en passant par le bien-être social,  il a tenu à saluer tout le travail abattu avant de se projeter vers le nouveau septennat. Pour lui, une nouvelle impulsion qui est de consolider les acquis et prospecter de nouvelles pistes de développement s’impose. Au vu de la nouvelle conjoncture mondiale qui prône le protectionnisme parfois l’isolationnisme, le président du Cameroun dit mieux s’armer en  boostant  les secteurs primaires et la transformation locale, pour confirmer le statut de grenier d’Afrique du Cameroun mais aussi de renverser la balance commerciale de la locomotive économique d’Afrique centrale en faveur des exportations qui jusqu’ici, sont chroniquement déficitaires.

A ce titre, un plan directeur d’industrialisation apprêté pour ce septennat sera l’axe majeur de ses priorités. Cela implique pour le pays de développer davantage sa production énergétique pour soutenir  ledit plan. Paul Biya dit devoir exploiter tous les cours d’eaux nécessaire pour arriver à la production énergétique qui fera de ce pays, la troisième potentialité énergétique du continent, un des plus grands producteurs énergétiques.

Aucun développement ne peut se faire sans  stabilité. Faisant suite, le chef de l’Etat camerounais dit devoir mettre un accent  particulier sur l’implémentation de la décentralisation pour une plus grande autonomie des collectivités locales. Sur la question de la crise au Nord-Ouest et au Sud-Ouest, Paul Biya a invité les « entrepreneurs de la terreur »   à déposer les armes, sinon « ils feront face à toute la rigueur du droit et des forces de défenses et de sécurité ».

Ce septennat placé sous le signe des grandes opportunités sera pour l’homme du 06 novembre, celui du « plein emploi et du bien-être social ». Pour ce faire, il a invité tous les Camerounais à le soutenir dans cette exaltante mission que le peuple tout entier lui a confiée.

Par Simon Metsengue

Paul Biya : Retour sur le parcours de « l’homme lion »prestation de serment

85 ans dont 36 ans au pouvoir, il a été largement réélu le lundi 22 octobre selon les résultats proclamés par le Conseil constitutionnel avec 71,28 % des voix au dernier scrutin présidentiel. Une performance qui vient couronner à coup sûr, un parcours inédit dans l’histoire de la politique africaine en général et camerounaise en particulier.

Deuxième président à la plus longue expérience politique au monde, Paul Biya vient d’être élu pour sept années de plus au palais présidentiel d’Etoudi. Il s’agit de son septième mandat. Vainqueur dans neuf des dix régions du Cameroun, il a littéralement écrasé ses adversaires avec des scores officiels sans appel.

Paul Barthélémy Biya bi Mvondo de son vrai nom, accède au pouvoir le 06 novembre 1982, en vertu de l’amendement constitutionnel issu de la Loi N° 79/02 du 29 juin 1979, après la démission surprise de Ahmadou Ahidjo deux jours plus tôt. Mais avant son accession à la magistrature suprême, il a eu un itinéraire digne d’un lion.

Avec une formation académique essentiellement juridique, il débute sa carrière politique dans les organes du pouvoir notamment, à la présidence de la République. A 29 ans il sera Chargé de mission à la Présidence en octobre 1962. En moins de deux ans, il devient Directeur du Cabinet du ministre de l’Education Nationale en janvier 1964. Il occupe ensuite les fonctions de  Secrétaire général (Sg) du même ministère en juillet 1965. Et en janvier 1968, il est nommé Sg de la Présidence de la République, cumulativement avec ses fonctions de Directeur du Cabinet civil. Un itinéraire plutôt fulgurant. Mais le meilleur restait à venir.

Déjà membre du gouvernement, Paul Biya ne cesse de progresser dans sa carrière administrative. En juin 1972, il est promu ministre d’Etat, Sg à la Présidence de la République, fonction qu’il occupe pendant trois ans, avant d’être nommé Premier ministre le 30 juin 1975. Il devient ainsi le successeur constitutionnel du Chef de l’Etat en juillet 1979 et Président de la république le 6 novembre 1982.

De quinquennat à septennat, Paul Biya enchaîne les mandats. Candidat unique en 1984 et 1989, il obtient quasi 100% des voix. Avec l’instauration du multipartisme en 1990, la donne change légèrement. En 1992, il n’obtient que 39% des voix (mais gagne en raison du système électoral à un tour). Lors des présidentielles qui ont suivi en 1997, 2004, 2011 et 2018, il ne tombe jamais en dessous des 70% des voix, de quoi nourrir les accusations de fraudes électorales de l’opposition.

Or, le parcours du président Paul Biya à la tête du Cameroun n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Néanmoins, il a toujours réussi à braver toutes les turbulences : une tentative de coup d’Etat le 6 avril 1984 (son prédécesseur est soupçonné et condamné par contumace  à la peine de mort avant d’être gracié par le président) ; une crise économique féroce au milieu des années 1980 ; le décès de sa première épouse Jeanne Irène Biya en juillet 1992 à quelques mois de l’élection présidentielle ; une opposition insurrectionnelle appelant à la guerre civile armée ; les émeutes de la faim de février de 2008… Des épreuves que Paul Biya traverse la tête haute depuis 1982, confondant ainsi les sceptiques.

Quelques grandes dates du régime Biya

Lorsqu’il prête serment pour la première fois le 06 novembre 1982, « L’homme lion » comme il se fait appeler, axe son action sur la démocratisation de la vie politique, la libéralisation sociale et économique, la rigueur dans la gestion, la moralisation des comportements et le renforcement de la coopération internationale. Paul Biya décide alors d’accélérer les réformes politiques pour engager résolument le pays dans la voie de la modernisation, la démocratisation et la participation du plus grand nombre au processus de prise de décision.

En mars 1985, il redynamise l’Union nationale du Cameroun (UNC), lors d’un Congrès tenu à Bamenda et la rebaptise Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC). Puis il encourage ses compatriotes à s’intéresser à la vie politique et à exprimer librement leurs idées. Même si les premiers partis d’opposition ne sont reconnus et légalisés qu’en février 1991, l’année précédente marque l’apothéose du processus démocratique pluraliste camerounais. A ce jour, plus de 200 partis politiques ont été légalisés. Ce qui traduit l’aboutissement du travail mené avec méthode, tact et réalisme par Paul Biya depuis son accession à la Magistrature suprême. Jusqu’à l’apparition de la secte Boko Haram dans le septentrion et la crise dite anglophone dans les régions du Nord-ouest et du Sud-Ouest, le Cameroun a toujours été un régime de paix, de liberté et de stabilité politique.

En octobre 2002,  la Cour internationale de justice de la Haye rétrocède la presqu’île de Bakassi au Cameroun après des années de conflit avec le Nigeria, précédent administrateur. La transition se passe dans le calme à la grande surprise des nombreux observateurs qui craignaient des troubles. En 2006, c’est l’opération Épervier qui voit le jour, sous la pression des bailleurs de fonds internationaux, pour lutter contre la corruption grimpante dans le pays. Dans le cadre de cette vaste opération judiciaire, plusieurs anciens ministres et des hauts-cadres de l’administration camerounaise sont arrêtés et jugés coupables de détournements de fonds publics.

En avril 2013, l’on assiste enfin à la naissance du Sénat camerounais inscrit pourtant dans la réforme constitutionnelle de 1996. Mais ce n’est qu’à la veille des élections municipales qu’il voit réellement le jour. Il en est de même du Conseil constitutionnel du Cameroun prévu dans ladite réforme mais qui prend effet seulement le 7 février 2018, suite au décret présidentiel portant organisation et fonctionnement de cette haute institution.

Aujourd’hui, le Président Biya a fort à faire pour maintenir la paix et l’unité de son pays nonobstant la situation sécuritaire très instable dans les régions anglophones du pays.

Par Hermine Anenigne

Des hommes nouveaux pour un décollage nouveauconseil ministériel de Paul Biya

L’élection présidentielle du 7 octobre 2018 est désormais dans le rétroviseur. Le Conseil constitutionnel avec à sa tête le magistrat Clément Atangana, a déclaré le candidat Biya vainqueur avec plus de 71% des voix.

Certains candidats malheureux à ce scrutin inédit continuent à revendiquer vainement leur victoire. Mais rien n’y fait ! La prestation de serment du président Paul Biya de ce 6 novembre clôt inéluctablement toutes supputations. Désormais, il faut se tourner vers l’avenir. Et l’avenir ce sera encore avec Paul Biya. Tout au moins pour les sept prochaines années, le temps de ce septième mandat que le peuple a daigné lui accorder.

De nombreux défis attendent le Cameroun. Paul Biya les a lui-même rappelé lors de son discours de prestation de serment au palais des Verres de Ngoa-Ekellé. Sur le plan sécuritaire, le retour à la paix sur l’intégralité du territoire camerounais reste le grand enjeu. Certes, l’équation du groupe terroriste Boko Haram, qui a été repoussé dans ses derniers retranchements par l’armée nationale avec l’aide des populations locales, semble résolue. Mais la situation de guerre dans les deux régions anglophones, régulièrement en proies aux attaques armées des sécessionnistes « ambazoniens », reste angoissante. Sur le plan économique, la réalisation définitive d’ouvrages énergétiques et de transports lancés au cours du dernier septennat est plus que jamais impérative. Le développement industriel du pays et l’atteinte de l’émergence en 2035 en dépendent fortement. Sur le plan social, la réduction du chômage des jeunes, la couverture santé universelle, l’autonomisation de la femme ainsi que l’accès à l’eau potable et à une éducation de qualité sont plus que jamais nécessaires. Sur le plan sportif, la réussite de l’organisation de la CAN 2019 s’impose au Cameroun.

Pour relever tous ces défis et biens d’autres, Paul Biya qui est certes pétri d’expérience, a besoin d’hommes dynamiques ayant le cœur à l’ouvrage. Cela passe inéluctablement par le renouvellement de la classe dirigeante d’une part, et l’association de toutes les composantes sociopolitiques de la nation d’autre part. Le président de la République, au pouvoir depuis 36 ans, ne décrie t-il pas lui-même assez souvent l’inertie et l’inefficacité de l’action de son gouvernement ? Ce gouvernement habituellement constitué d’hommes et de femmes qui privilégient leur pouvoir ou leurs intérêts personnels, au détriment de l’intérêt de leur pays.

Il clair que le quotidien des Camerounais devient difficile au fur et à mesure que les années avancent. C’est une vérité qui s’impose à tous. La chute généralisée des cours des principales matières premières (pétrole, cacao, café, banane, coton…) observée depuis 2014 sur le marché international, et dont dépend fortement l’économie camerounaise, n’arrange pas les choses. A cet effet, pour restaurer le bien-être au sein de sa population, le Cameroun a besoin de redécoller économiquement. Ce n’est d’ailleurs pas le potentiel qui manque. Le capital humain est là avec une population essentiellement jeune. Le pays dispose d’importantes ressources naturelles et agricoles. La vision économique ne semble pas médiocre. En clair, au-delà des simples slogans de campagnes, il faut passer à la matérialisation des projets. Et cette exécution ne saurait se faire sans des hommes nouveaux dans un esprit nouveau.

Par Joseph Samuel Zoé