Madagascar : Le retour des revenants pour la présidentielle

Depuis ce mercredi matin, près de 10 millions de malgaches votent pour le premier tour de la présidentielle. Pas moins de 36 candidats sont en lice, dont en matière d’influence, trois ex-présidents au cœur des crises politiques qui ont secoué la Grande Ile ces dernières années.

Après trente jours où les places publiques ont été les théâtres de nombreuses gesticulations, des opérations de charme, des palabres et des passes d’armes entre les candidats et leurs partisans, le moment est venu pour les électeurs de choisir leur prochain dirigeant parmi les 36 candidatsautorisés à se présenter par la Haute cour constitutionnelle (HCC), le 22 août dernier. Quatre d’entre eux ont déjà dirigé le pays : Didier Ratsiraka, Andry Rajoelina, Marc Ravalomanana et le président sortant Hery Rajaonarimampianina. En plus de ces ex présidents, l’on note aussi la présence de trois anciens premiers ministres, un chanteur très populaire ou encore deux pasteurs.

Avant de glisser le bulletin uninominal dans l’urne ce mercredi, chaque citoyen, seul dans l’isoloir, tenait avant tout compte de l’état actuel de laGrande île qui figure parmi les pays les plus pauvres au monde. Certes, ces dernières années, son économie a repris un peu de forces mais le taux d’extrême pauvreté reste très élevé. Les trois quarts des Malgaches vivant avec moins de deux dollars par jour.

Pourtant, Madagascar regorge de richesses naturelles. En plus d’un sous-sol riche avec des minerais tels que le cobalt le nickel, la Grande Île approvisionne également 80 % du marché mondial en vanille, et ces dernières années les prix de la gousse se sont envolés.

Les trois “poids lourds” du scrutin

Le retour dans l’arène politique d’anciens présidents a transformé la campagne présidentielle en un combat des « ex », rendant invisibles les autres candidats. Mais la campagne a été surtout dominée par les trois derniers chefs de l’Etat dont : les deux frères ennemis et ex-présidents Andry Rajoelina, 44 ans (2009-2014) et Marc Ravalomanana 68 ans, (2002-2009), qui n’avaient pas été autorisés à se présenter en 2013. Et Hery Rajaonarimampianina, 60 ans, le président élu en 2014 qui a démissionné le 7 septembre dernier pour pouvoir se représenter au premier tour,conformément à la Constitution.

Ces trois candidats qui ont déployé des moyens énormes pendant la campagne se disputent un électorat dans un pays miné par la pauvreté et la corruption. Eu égard des moyens mis en jeu par ces trois barons nettement plus élevés que ceux de leurs concurrents, il était difficile pour les autre candidats de se faire entendre. Des dépenses ont été jugées « indécentes » par l’ONG Transparency International. Notons par ailleurs que tous trois sont soutenus par le monde des affaires et par les personnalités les plus riches de Madagascar. Conséquence, certains candidats sur la liste, n’ont même pas pu battre campagne.

Si l’élection présidentielle de ce 7 novembre est une occasion d’écrire une nouvelle page de l’histoire de la Grande île, les Malgaches sont loin d’oublier les batailles qui sont les leurs : relever l’économie, éradiquer la corruption et assainir l’univers politique. L’enjeu est donc de taille. Autant de défis à relever pour celui qui sera élu lors de ce scrutin dont le deuxième tour est prévu le 19 décembre prochain si aucun candidat ne l’emporte au premier tour avec plus de 50%.

Par Hermine Anenigne