Cameroun : Les marques indélébiles de la Première Guerre Mondiale

A l’occasion de la commémoration du centenaire de cet affrontement tragique qui a causé la mort de plus de 18 millions de personnes, pas moins de 70 chefs d’Etats étaient présents le 11 novembre dernier en France. De nombreuses années après la fin de cette guerre meurtrière, les conséquences continuent  de faire des victimes en Afrique et notamment au Cameroun.

Au moment où les chefs d’Etats du monde commémoraient hier dimanche ce triste centenaire, les régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest au Cameroun sont en proie à des revendications terroristes qui ont fait plus d’une centaine de morts parmi lesquels un Américain.

En effet, la Nation « Kameroun », jadis sous l’occupation allemande dès  juillet 1884, faisait son bonhomme de chemin vers une véritable République forte et prospère quand, contre le cours des choses, une guerre éclata en Europe et embrasa le monde entier. Les causes demeurent dans la montée du nationalisme en Europe, l’hégémonie économique de l’Allemagne et dans les jeux  des alliances diplomatiques. En 1918, cette nation sous protectorat  Allemand a été prise pour trophée de guerre par les vainqueurs qui l’ont partagé en deux parts entre la France et la Grande Bretagne.

Malgré l’adversité, le peuple

Les Camerounais désormais  divisés, n’ont jamais perdu à l’esprit qu’ils appartiennent à une même nation. 45 ans après cette balkanisation apparente, les populations du Cameroun se sont prononcées en faveur de la réunification, le 1er Octobre 1961. Même si une partie s’est ralliée au Nigeria voisin. Cette réunification bien qu’ayant permis au peuple de se retrouver dans un territoire commun, avait apporté un facteur de division supplémentaire. Le rejet de la culture et de la tradition au profit des  identités étrangères imposées par la division. Peu à peu, les populations camerounaises commençaient à se sentir « Anglophones » pour certains et « Francophones » pour d’autres. Les identités originelles régressaient. L’unification des deux  Cameroun en un, tout court, ne ralentira pas la montée de ces identités étrangères acquises.

C’est alors qu’en 2016, à la suite de quelques revendications corporatistes , des milices séparatistes ont cru bon de prendre les armes contre leur propre république pour réclamer à nouveau la séparation, un retour à la situation de balkanisation dans laquelle  cette nation avait été plongée du fait de cette guerre qui ne concernait en rien l’Afrique.

En deux ans d’affrontement, le peuple camerounais a perdu des centaines de personnes et des biens matériels énormes. A cela, viennent s’ajouter les 200 000 autres déplacés. L’activité économique dans ces régions anglophones est en berne. Ces morts sont aussi à mettre à l’actif de la gestion de l’après-guerre. Si la défunte Société des Nations avait mis en avant l’intérêt de la  nation camerounaise, elle  n’aurait pas partagé le territoire tel un présent de guerre, mais l’aurait confié à une puissance tutrice, comme cela a été le cas au Togo.

Le peuple camerounais a néanmoins son destin en main. Il peut tout aussi décider de supprimer ces deux langues étrangères devenues un réel facteur de division, pour en choisir une autre langue. Il ne sera pas seul dans ce cas parce que le Rwanda après le génocide de 1994, a décidé de prendre pour langue officielle l’Anglais.

Par Simon Metsengue