Présidentielle en RDC : Que vaut le joker de l’opposition congolaise ?  

Martin Fayulu a été désigné à la surprise générale, le 11 novembre à Genève en Suisse, pour porter la candidature de l’opposition lors du scrutin présidentiel du 23 décembre prochain. Mais comme on pouvait s’y attendre, l’UDPS, principal parti de l’opposition réuni ce lundi à Kinshasa, a refusé l’accord signé par son président, Félix Tshisekedi. 

“On ne comprend pas pourquoi il peut se désengager pour un candidat impopulaire. Pour nous à l’UDPS c’est un affront. Nous disons que le président Tshisekedi doit se ressaisir et revenir à la raison”, a déclaré ce lundi Jean-Marc Kabund, secrétaire général de l’UDPS. A l’instar des autres militants du parti, il condamne fermement la décision de Félix Tshisekedi qui s’est rallié hier dimanche à la candidature de Martin Fayulu. Le fils de l’opposant historique congolais Etienne Tshisekedi, a désormais 48 heures pour se retirer de cet accord signé à Genève avec six autres opposants. Ainsi en a décidé la base de son parti.

Bouillant, téméraire et l’un des plus actifs opposants sur le terrain, Martin Fayulu a pourtant été désigné hier dimanche par ses pairs, candidat commun de l’opposition. Il s’est fait connaître lors des travaux de la conférence nationale souveraine (1991-1992) qui a mis fin au régime du parti unique de l’ancien président Mobutu Sese Seko. Au côté de l’ex-archevêque de Kinshasa, le cardinal Laurent Monsengwo, il a été vice-président de la commission économie, industrie et PME de cette même conférence.

Elu député en 2011, Martin Fayulu est d’abord passé par la case affaires avant d’embrasser une carrière politique. Après des études à Paris puis à San Francisco aux Etats-Unis, il rejoint le groupe pétrolier Mobil en République démocratique du Congo (RDC) dont il va gravir tous les échelons, jusqu’à occuper le poste de directeur général pour l’Ethiopie.

Agé de 62 ans, le député Martin Fayulu n’est sans doute pas le plus connu des opposants congolais. Mais cet extrémiste aux yeux de la majorité présidentielle, incarne en quelque sorte l’aile dure de l’opposition congolaise qui n’entend rien céder sur la machine à voter et la liste électorale, quitte à boycotter les élections. Déjà son opposition farouche au régime en place lui a valu plusieurs interpellations lors des manifestations de l’opposition à Kinshasa et dans les provinces, ainsi qu’une balle en caoutchouc dans la tête en 2016.

« Candidature de combat »

Très proche des positions de la société civile et des mouvements citoyens, Martin Fayulu n’hésite pas à mouiller sa chemise. Cet homme qui vient d’être choisi comme le candidat unique de l’opposition pour la présidentielle du 23 décembre, représente donc « une candidature de combat ».  Pour preuve, il s’est toujours placé à la tête des manifestations contre le maintien du président Kabila au-delà de la fin de son mandat, en 2016, bravant les forces de sécurité. Le président de l’Ecidé (Engagement pour la Citoyenneté et le Développement), se définit donc comme une personne dotée d’une « expérience qui fait la différence ».

Originaire de l’ex-province du Bandundu, dans l’ouest de la RDC, il est propriétaire à Kinshasa d’un hôtel situé entre la résidence du président Kabila et la présidence. Un bien qui a été scellé par les autorités en mai, officiellement pour cause de redressement fiscal, avant de rouvrir.

Bien que Martin Fayulu, candidat de la Dynamique de l’opposition, ne fasse pas figure de favori face à Félix Tshisekedi de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) et Vital Kamerhe de l’Union nationale des combattants (UNC), c’est bien lui qui a été choisi à l’issue d’un vote à deux tours dimanche. La déception se fait déjà ressentir chez certains militants de l’UDPS et le l’UNC, les deux grands perdants de cette primaire de l’opposition qui estiment que la candidature de Martin Fayulu est « un cadeau pour Kabila ».

Si Martin Fayulu n’est pas une figure phare de l’opposition, il capitalise néanmoins de nombreux atouts dont celui d’opposant depuis toujours et d’homme intègre. Son mouvement politique a été de toutes les manifestations, ce qui est loin d’être le cas de tous les autres leaders de l’opposition. Et si le scrutin a bel et bien lieu comme prévu, il s’agira de la première transition pacifique du pouvoir depuis l’indépendance de l’ancien Zaïre en 1960.

Par Hermine Anenigne