Réformes de l’UA : La dernière carte de Paul Kagame

Un sommet extraordinaire de l’Union africaine se tiendra dès demain  à la demande du président rwandais qui entend accélérer les changements en vue au sein de l’institution panafricaine, notamment en ce qui concerne l’autonomie financière.

Pour beaucoup d’observateurs, le sommet qui s’ouvre demain est en quelque sorte celui de la dernière chance. Paul Kagame, actuel président de l’Union Africaine qui cèdera son fauteuil en janvier 2019 au président égyptien Abdel Fatah Al Sissi, ne dispose désormais plus que peu de temps pour faire passer ses réformes qui concerne notamment l’indépendance financière de l’institution.

Le leader rwandais chargé en 2016 par ses pairs de réfléchir sur un mode de financement à même de rendre l’UA plus autonome des puissances étrangères qui la financent, avait préconisé comme solution, la « Taxe Kagame », aussi appelée « Taxe Kaberuka ». Elle consiste pour chaque pays à prélever 0,2% sur leurs importations de produits non-africains. Ceci pour palier aux inégalités dans les contributions entre pays membres dont 48% du budget de l’UA dépend strictement des contributions de cinq Etats : Nigeria, Afrique du Sud, Algérie, Angola et Egypte.

Seulement jusqu’ici, la Taxe Kagame se heurte depuis qu’elle est lancée, à la réticence de plusieurs Etats. En effet lors du dernier sommet de l’Union africaine à Nouakchott, 23 pays membres avaient commencé à mettre en place ladite taxe et 13 membres ont effectivement commencé à collecter des fonds. Mais la majorité des pays du continent reste réticente à l’application de celle-ci. Or, selon des estimations, cette taxe devrait procurer entre 970 et 1200 millions d’euros. Avec ce montant, le principe de financement à 100% de l’UA par les Etats membres est acquis avec 75% destinés aux programmes de l’UA et 25% pour le fonds de la paix et sécurité.

Ces samedi 17 et dimanche 18 novembre 2018, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union africaine (UA) qui feront le déplacement d’Addis-Abeba en Ethiopie, auront donc la charge de valider ou pas les différentes réformes institutionnelles portées depuis deux ans par Paul Kagame pour la rendre plus efficiente. La question de l’indépendance financière sera donc sans doute la question qui cristallisera le plus les débats.

Autre chantier à l’arrêt, le volet de la gouvernance visant à améliorer le fonctionnement de l’UA. Lors du dernier sommet, les chefs d’Etat se sont mis d’accord à n’en tenir qu’un seul par an pour confier la gestion de certaines affaires aux Communautés économiques régionales (CER) et certaines prérogatives dévolues à certains chefs d’Etat au président en exercice, au président de la Commission et ses commissaires. Mais plus de deux ans et cinq sommets après, plusieurs Etats clés sont toujours extrêmement réticents.

Ainsi, convaincre tous les pays africains à adopter la taxe Kagame et pousser les chefs d’Etat à céder une partie de leur pouvoir au président de la commission, figure parmi les enjeux phares du sommet extraordinaire de ce week-end à Addis-Abeba.

Par Hermine Anenigne