Zimbabwe : Un an après la chute de Mugabe, l’espoir fait place au désespoir

L’on se rappelle encore de la date du 21 novembre 2017 comme si c’était hier. Ce jour-là, Robert Mugabe remettait sa lettre de démission au Parlement zimbabwéen, cédant ainsi le pouvoir qu’il exerçait après près de quatre décennies sans partage. Depuis son départ, l’euphorie a fait place à la déception.

21 novembre 2017- 21 novembre 2018. Un an jour pour jour que l’ex-président zimbabwéen Robert Mugabe, a été poussé vers la sortie sous la pression de l’armée après 37 années au pouvoir. L’armée s’était aussitôt emparée du pouvoir pour y installer Emerson Mnangagwa, qui a pris les commandes du pays le 24 novembre 2018, suscitant à la fois la joie et l’espoir de tout un peuple.

En arrivant au pouvoir, Emmerson Mnangagwa confirmé chef de l’Etat à l’issue des élections de juillet de l’année en cours, avait promis le changement : relancer l’économie, s’attaquer à la corruption, au népotisme, attirer les investissements et créer des emplois. Un an plus tard, force est de constater que ses promesses n’ont abouti à rien.

Le pays de l’Afrique australe est toujours en attente de ce second souffle tant espéré.  Mais au vu de l’horizon qui semble toujours aussi obscur, les espoirs tendent à s‘évanouir face à la situation actuelle du pays. Or nombre de Zimbabwéens avaient espéré que le départ de Robert Mugabe serait synonyme de nouveau départ pour le pays. Mais l’on assiste à nouveau à une descente aux enfers sur le plan économique dans le pays.

Le retour du spectre de la pénurie au Zimbabwe

Le président zimbabwéen a beau avoir changé il y a un an, les maux du pays eux restent par contre inchangés et semblent même s’empirer. La crise économique reste autant proéminente. Restaurants et pharmacies fermés, essence et miches de pain rationnées, étals d’huile et de riz vides. Le Zimbabwe souffre de nouveau d’une pénurie de biens de consommation courante, qui rappelle la très grave crise du temps de Robert Mugabe.

A l’origine de cette nouvelle pénurie de produits de base que l’on observe depuis plusieurs semaines, le manque criard de devises étrangères. Et le nouveau régime n’a pas réussi à convaincre les investisseurs internationaux de revenir dans le pays. Conséquence, les commerces qui ont besoin d’obtenir des devises étrangères doivent aller au marché noir où ça coûte 200% plus cher. Pays d’Afrique australe sans accès à la mer, le Zimbabwe compte 16,15 millions d’habitants (Banque mondiale, 2016) dont près de trois quarts des habitants vivent sous le seuil de pauvreté. En outre, le chômage plafonne toujours autour des 90%.

L’argent liquide reste une denrée rare. Un manque de liquidités qui crée de longues files d’attente devant les banques pendant des heures pour obtenir un nombre limité de « bond notes », sortes d’obligations à parité officiellement avec le dollar américain. En septembre, l’inflation a atteint son plus haut niveau depuis 2010. Les magasins et pharmacies sont en rupture de stocks. Plusieurs ont dû fermer temporairement, faute de médicaments contre des maladies aussi fréquentes que le diabète et l’hypertension. Pour ne rien arranger, le pays a été victime d’une épidémie de choléra qui a fait au moins 50 morts dans la capitale Harare.

Pour le principal parti de l’opposition, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), c’est le nouveau gouvernement qui continue d’intensifier les souffrances du peuple.

La Zanu-PF défend son bilan

Du côté du parti au pouvoir, beaucoup de choses positives se sont produites depuis que le président Mnangagwa est aux commandes, d’après le porte-parole du parti, Simon Khaya Moyo. Par exemple, la liberté d’expression s’est sensiblement améliorée : « Les gens sont libres d’organiser des réunions », explique-t-il. Les choses qui étaient taboues dans le passé sont maintenant enracinées et fortifiées désormais. « Les barrages routiers de la police, où les automobilistes étaient régulièrement harcelés pour obtenir des pots-de-vin, ont été supprimés, par exemple » a-t-il ajouté.

Le nouveau gouvernement zimbabwéen affirme également que des efforts sont faits pour améliorer les conditions de vie dans le pays.« L’économie montre des signes de croissance avec de nombreux étrangers intéressés à investir. On a eu de nombreux touristes. Ce sont des signes évidents que les choses ont changé », affirme encore Simon Khaya. Avec une dette totale de 16,9 milliards de dollars, le gouvernement a prévu de rembourser, d’ici octobre 2019, l’essentiel de ses 2 milliards d’arriérés auprès de la Banque africaine de développement (BAD) et la Banque mondiale.

Mais pour l’opposition, même si le président Mnangagwa a voulu se présenter comme porteur de changement, il est tributaire de la vieille garde de la Zanu-PF, toujours au pouvoir et qui n’a aucun intérêt au changement. Le président de son côté, a exhorté ses compatriotes à faire preuve de patience. Pendant ce temps, Robert Mugabe qui a dominé la vie politique du Zimbabwe pendant 37 ans vit, lui, une retraite dorée et paisible dans sa somptueuse villa de « Blue Roof » un quartier nord d’Harare.

Par Hermine Anenigne