Culture : le reggae reconnu par l’UNESCO

Le comité de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la Culture, réuni à Maurice à inscrit jeudi, six nouveaux éléments sur la liste représentative du patrimoine de l’humanité dont le reggae jamaïcain. Une distinction due à sa contribution à la prise de conscience sur les questions d’injustice, de résistance, d’amour et d’humanité entre autres.

C’est une reconnaissance majeure pour les musiciens et autres adeptes du Reggae.  Popularisée dans le monde entier par son icône Bob Marley, cette musique a en effet été inscrite sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’Humanité par un comité spécialisé de l’Unesco réuni à Port-Louis, capitale de l’Ile Maurice le 29 novembre de l’année en cours.

L’institution a justifié cette distinction à la musique jamaïcaine, pour sa contribution à la prise de conscience internationale liée aux questions d’injustice, de résistance, d’amour et d’humanité, ainsi que pour sa dimension cérébrale, socio-politique, sensuelle et spirituelle. Une mesure davantage symbolique qu’autre chose, puisque le genre musical rejoint une liste de quelques centaines de “traditions culturelles”, où se côtoient notamment la pizza napolitaine et certaines danses africaines. Cette décision est une véritable consécration pour cette île de la mer des Caraïbes.

Réunis depuis le 26 novembre à Maurice, les 24 Etats membres du Comité de sauvegarde du Patrimoine culturel immatériel ont consacré leurs débats à la sauvegarde de ce patrimoine vivant à travers le monde. La Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité vise à assurer une plus grande visibilité aux traditions et aux savoir-faire portés par les communautés sans pour autant leur reconnaître de critère d’excellence ou d’exclusivité.

On connaît que le patrimoine mondial de l’Unesco, recense et protège les trésors physiques de l’humanité. Mais l’UNESCO, aussi rattachée à l’ONU, préserve également le patrimoine culturel dit « immatériel » englobant les traditions orales, les arts du spectacle, les pratiques sociales, l’artisanat et les arts, dont, évidemment, la musique. C’est donc dans le cadre de la 13e session du Comité intergouvernemental de sauvegarde du patrimoine culturel immatériel qui s’achève le 1er décembre à Port-Louis, que l’UNESCO a validé la demande de la Jamaïque, parmi 40 autres candidatures.

« C’est un jour historique. Nous sommes très, très heureux, je suis émue », a déclaré la ministre de la Culture jamaïcaine, Olivia Grange, présente dans la capitale mauricienne. Pour la Jamaïque, au-delà d’une reconnaissance symbolique, c’est aussi la promesse d’une aide à la préservation et au rayonnement du reggae qu’apporte cette nouvelle. La musique jamaïcaine, que l’icône Bob Marley définissait comme une “raison de vivre”, rejoint ainsi quelque 400 traditions culturelles du monde entier.

Le reggae, toute une histoire

Le reggae est un distillat des différents genres jamaïcains, remontant jusqu’aux temps de l’esclavage. Il trouve ses racines dans les rythmes et musiques blanches coloniales qu’on faisait jouer aux esclaves polka, mazurka, scottish, quadrille mais aussi des musiques militaires avec tambours. L’originalité exceptionnelle  du reggae est sa pénétration des sonorités africaines qui se font avec  des chants nyabinghi et des tambours.

Mais avant tout, le reggae se définit comme une “lutte”. “L’une des règles, c’est de se battre”, disait l’interprète de “No Woman No Cry”. Il est souvent considéré comme la musique des opprimés, qui aborde des questions sociales et politiques comme la prison ou les inégalités. Si, à ses débuts, le reggae était la voix des communautés marginalisées, il est désormais joué et adopté par une importante partie de la population, tous groupes ethniques et religieux confondus.

Par Hermine Anenigne