Pétrole : Le Qatar tourne la page OPEP

L’annonce de son retrait a été rendue publique ce 3 décembre par le ministre de l’Energie qatari Saad Sherida al-Kaabi, lors d’une conférence de presse à Doha. Dès 2019, l’Émirat va se concentrer sur la production de gaz naturel liquéfié dont il est le premier exportateur mondial.

Membre historique de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), depuis 1961 soit un an après sa création, le Qatar a annoncé ce lundi son départ du cartel qui prendra effet dès janvier 2019. Avec un territoire grand comme l’Ile-de-France (environ 12.000 kilomètres carrés) et seulement 2,7 millions d’habitants, l’émirat est l’un des plus petits membres de l’OPEP. Sa production de pétrole est aussi l’une des plus faibles: 600.000 barils/jour l’an dernier sur un total de 32,5 millions de barils pompés par l’ensemble des membres de l’organisation, soit 2% de la production globale de pétrole.

Cette décision est donc le fruit d’une réflexion menée sur le long terme. À l’avenir, l’émirat du Golfe continuera certes à exporter du pétrole, mais souhaite désormais se focaliser sur l’exploitation gazière dont il est en effet le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié.

Le Qatar, un puissant acteur du marché gazier.

« Nous n’avons pas beaucoup de potentiel dans le pétrole, nous sommes très réalistes. Notre potentiel, c’est le gaz », a souligné le ministre de l’Energie qatari. L’émirat du Golfe, disposant de la troisième réserve mondiale de gaz, est le premier exportateur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL) avec 77 millions de tonnes écoulées par an. Soit près de 30 % de l’approvisionnement mondial. Cette production devrait être portée à 110 millions de tonnes d’ici 2024. Un secteur qui a donc permis au Qatar de devenir l’un des pays les plus riches au monde et de transformer son économie.

Sa décision, soudaine, de se retirer du cartel de l’or noir auquel il appartenait depuis 57 ans, est de ce fait selon Al-Kaabi, une occasion pour son pays de se concentrer sur l’industrie gazière, qui fournit actuellement l’essentiel de ses revenus pour 2018, estimés à 93 milliards de dollars (environ 82 milliards d’euros). Le ministre de l’énergie qatari assure par ailleurs, que ce départ n’est en rien liée au boycott économique et politique imposé depuis juin dernier par l’Arabie saoudite, leader de facto du cartel du pétrole, et trois autres pays arabes qui lui sont alliés (Emirats arabes unis, Bahreïn et Egypte) et qui ont tous coupé leurs liens avec Doha, l’accusant de soutenir des mouvements terroristes, de se rapprocher de l’Iran et de saper la stabilité de la région.

Pour lui, le Qatar souhaite juste renforcer son profil international largement axée sur l’industrie gazière. Doha a assuré cependant qu’il continuerait de respecter ses engagements, comme les autres pays qui ne font pas partie de l’OPEP et prendra part du 6 au 7 décembre prochain, à une réunion cruciale du cartel et de ses partenaires qui se tiendra à Vienne, en Autriche avec pour objectif de trouver un accord sur une réduction de la production de pétrole.

Qu’est-ce-que l’OPEP ?  

Fondée en 1960, l’Organisation rassemble les pays qui, comme son nom l’indique, exportent du pétrole. Elle vise principalement à réguler le cours du brut en coordonnant notamment la production de ses membres autour d’un niveau total de 30 à 40 millions de barils par jour.

L’OPEP réunit aujourd’hui 15 pays membres. Et les principaux producteurs sont pour la plupart des pays arabes dont l’Arabie saoudite, 2e producteur mondial de pétrole en 2017 derrière les États-Unis, avec une production de près de 12 millions de barils par jour ; l’Irak, le 6e producteur mondial et les Émirats arabes unis, le 7e producteur mondial. Le Koweït, le Qatar, l’Algérie et la Libye sont les autres pays arabes membres de l’OPEP. Huit autres pays non arabes font toutefois également partie de l’OPEP à savoir : l’Angola, le Congo, le Gabon, la Guinée équatoriale, le Nigeria, l’Équateur, le Venezuela et l’Iran (4e producteur mondial de pétrole en 2017).

Par Hermine Anenigne