CAN 2019 : La CAF cherche repreneur

Quelques jours après avoir retiré l’organisation de la compétition au Cameroun, l’instance dirigeante du football continental a officiellement lancé un appel à candidatures pour retenir l’hôte de la plus grande compétition sportive du continent prévue en juin prochain.

L’appel à candidatures pour accueillir et organiser la CAN 2019 que vient de lancer la Confédération africaine de football (CAF), confirme à suffisance que tous les dés sont jetés. Le Cameroun est officiellement exclu de l’organisation de ladite compétition. Jugé incapable d’être prêt dans les temps, le pays a subi un camouflet historique à six mois du coup d’envoi de la compétition, qui devait être la première sur son territoire depuis 1972. La sentence est tombée le 30 novembre dernier. Les Lions indomptables, tenants du titre, n’auront désormais plus le privilège de défendre leur couronne sur leur terre.

Dès lors, la Caf s’est donnée moins d’un mois pour trouver un remplaçant. Les prétendants au sauvetage ont donc jusqu’au 14 décembre pour présenter leur dossier. Le lendemain, la CAF annoncera la liste des pays présélectionnés. Le processus de décision sera, lui-aussi, effectué en accéléré du côté de l’instance faîtière, qui a promis de tout faire pour s’assurer qu’un nouveau pays-hôte soit trouvé avant la fin du mois de décembre. Avec l’officialisation de cet appel à candidatures, les premiers pays intéressés ne devraient pas tarder à se manifester.

Les candidats potentiels

L’organisation de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2019 prend des airs de feuilleton. Après avoir retiré l’organisation de la très attendue compétition africaine au Cameroun, il n’y a pas foule pour prétendre accueillir cette CAN, car peu de pays peuvent organiser une telle compétition et se doter des infrastructures nécessaires en si peu de temps.

Le Maroc, candidat malheureux à l’organisation du Mondial 2026 au profit de la candidature tripartite Canada-États Unis-Mexique, pourrait être l’hôte de la prochaine compétition africaine. Prétendant crédible, préparé, et qui sait réagir face à l’urgence, le royaume attend encore pour l’instant l’aval du gouvernement pour déposer sa candidature. La décision des instances marocaines de dépanner la CAF, en acceptant d’accueillir le CHAN-2018 au début d’année, à tout juste trois mois du coup d’envoi de la compétition, pourrait probablement jouer en sa faveur.

L’Afrique du sud est aussi une sérieuse option. Seul pays à faire savoir de manière officielle qu’il souhaiterait accueillir la compétition et seul pays africain à avoir accueilli une coupe du monde (2010), la nation arc-en-ciel est une valeur sûre pour accueillir 24 équipes africaines dans quelques mois. Sa capacité à organiser un événement majeur dans l’urgence n’est plus à démontrer. L’on se rappelle que les deux fois que le pays à abriter la CAN, c’était à chaque fois pour remplacer un pays écarté : le Kenya, en 1996, puis la Libye, en 2013. Un curriculum vitae qui ferait du pays des Bafana Bafana un adversaire compétent face au favori marocain. Rendez-vous d’ici la fin de l’année pour trancher.

Par Hermine Anenigne

 

Football : CAN 2019. Une délocalisation  de plus

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Le retrait de la 32ème édition de la CAN au Cameroun est une situation qui s’ajoute à plusieurs autres cas observés par le passé. Le plus récent  est  le désistement du Maroc en 2015.

 

Le Cameroun a vu son image foulée au pied le 30 novembre dernier. Pour cause, le pays qui avait obtenu en 2014 l’organisation de la fête du football africain en 2019, n’était plus  certain de tenir le pari en juin. Pour éviter des situations d’improvisation et de bâclage d’importantes réalisations sportives et  routières entreprises par le pays, la CAF a décidé de lui retirer la présente édition tout en lui proposant celle de 2021 si on s’en tient aux propos de son président.

Mais cette situation n’est pas unique dans l’histoire du football africain. En 1988, la Zambie s’était vu retirer l’organisation de la compétition pour être attribuée au Maroc. C’était la toute première fois que pareil cas  se produisait dans l’histoire cette compétition. Puis c’était le tour du Kenya qui avait finalement désisté de l’organisation de la compétition  à la 13ème édition en 1996. Celle–ci fut organisée par l’Afrique du sud. En 2000, pour sauver l’honneur de la compétition, le Nigeria et Ghana venaient au secours du Zimbabwe. C’était alors la première fois qu’une édition de  la CAN était co-organisée par deux pays. Le cas du Maroc en 2015 est un peu exceptionnel car celui–ci a tout simplement désisté pour cause d’Ebola. Le royaume chérifien craignait des risques de contamination venant de certains  pays subsahariens chez qui l’épidémie sévissait. La Guinée Equatoriale avait alors accepté prendre le relais à quelques semaines du début de la compétition.

En 32 éditions, la CAN a connu six retraits et désistements. Ceux-ci sont en grande partie liés au niveau de développement des pays africains qui font partie des moins avancés de la planète. Pays en voie de développement, malgré la bonne volonté de certains dirigeants, ces nations sont la plupart de temps confrontées à une conjoncture très rude.

 Choc pour le Cameroun

L’organisation de la compétition avait été attribué au pays en 2014. Ce dernier a aussitôt,  lancé les consultations  et mis en place des commissions pour une meilleure préparation de l’échéance. Mais le pays a été obligé de faire face pendant les mêmes périodes aux attaques récurrentes de la secte Boko Haram au septentrion nécessitant  d’énormes ressources financières qui auraient pu servir très tôt aux investissements dans les chantiers liés à la CAN. Pendant trois ans le Cameroun perdra en moyenne 610.000 euros par jour pour l’entretien des troupes qui tiennent sa frontière avec le Nigeria. Alors que cette situation semble avoir été maitrisée, un mouvement séparatiste menace de diviser la partie dite « anglophone » du pays en novembre 2016. D’autres troupes sont déployées dans les régions Nord-ouest et Sud-Ouest jusqu’à ce jour.

Par ailleurs,  la révision 2017 du format de la compétition de la CAN ne facilitera  non plus la tâche au Cameroun. Pour la compétition de 2019, le nombre d’équipes est passé de 16 à 24 et les sites à six contre quatre auparavant. Le cahier de charges a changé et le nouveau programme conclu avec le Fonds monétaire international en décembre 2016 ne garantit pas la réalisation des nouveaux chantiers que cela engage.

A sept mois de l’ouverture de la compétition, le pays des Lions indomptables était, selon les chiffres de la CAF, à 55% du taux de réalisation.

Par Simon METSENGUE

CAN 2021 : La CAF au sifflet d’un duel Cameroun-Côte d’Ivoire 

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Prévue pour se jouer sur les bords de la Lagune dans trois ans, la 33 édition de la reine des compétitions africaines de football devrait plutôt se disputer chez les Lions indomptables, au grand dam des Eléphants qui entendent ne pas laisser prospérer cette « injustice » de l’instance faitière continentale.

On connaît bien l’animosité entre Camerounais et Ivoiriens lorsqu’il s’agit du football. Longtemps dominées par l’éternel sujet entre les deux idoles de ces puissances continentales, le Camerounais Samuel Eto’o et l’Ivoirien Didier Drogba, un nouveau sujet s’invite désormais dans les querelles entre les deux peuples. Frappé du retrait de la CAN 2019 qu’il devait accueillir par la Confédération africaine de football (CAF), le Cameroun devrait abriter celle de 2021, pourtant attribuée à la Côte d’Ivoire depuis 2014.

S’il s’agit pour le pays des Lions indomptables d’une opportunité de rachat, cette idée de l’erratique président de la CAF, le Malgache Ahmad Ahmad, sonne comme une incongruité en terre d’Eburnie. Outre son inélégance, le patron du football africain  prend l’initiative de délocaliser la coupe d’Afrique 2021 au mépris des règles d’attribution qui régissent l’instance faitière du football du Continent.   Lord d’une de ses multiples interventions, lui-même  avait reconnu qu’ « aucun règlement ne nous permet cela », c’est-à-dire de désigner de façon arbitraire le pays hôte d’un événement sans une concertation au niveau de l’instance ou encore moins avec les autorités des pays concernés.Le président de la CAF suppose ainsi que le Cameroun, dont les travaux pour le rendez-vous manqué de 2019 doivent se poursuivre, sera plus à même d’accueillir la compétition en 2021 tandis que la Côte d’Ivoire se verra attribuer le tournoi de 2023, pourtant promis à la Guinée.

Le réveil des Eléphants

La Fédération ivoirienne de football (FIF) n’a pas attendu pour monter au créneau et dénoncer cette nouvelle sortie du président Ahmad. Dans un courrier à la CAF, l’instance ivoirienne du football « dénonce cette manière de procéder » et veut préserver les acquis afférents à la CAN 2021. De même, Sidy Diallo, le président de la FIF, rappelle que la Côte d’Ivoire a obtenu l’organisation de cette compétition à l’issue d’un appel à candidature et à l’unanimité du conseil exécutif de la CAF.

Plus loin, le ministre ivoirien des Sports, Paulin Danho, estime que les autorités ivoiriennes n’ont pas été saisies et donc notifiées de ce nouveau volte-face de la CAF et de son président. Même son de cloche au Palais présidentiel du Plateau où les propos d’Ahmad Ahmad s’apparentent à de la gesticulation aux yeux de Fidèle Sarassoro, le directeur du cabinet d’Alassane Ouattara. « C’est un non-événement. Ils ne nous ont pas encore écrit. Pour le moment ce sont des spéculations. Le jour où ils nous écriront nous allons réagir », a confié le collaborateur du chef de l’Etat ivoirien.

Arrivé pour changer les choses à l’instance faitière du football africain en mars 2017, le Malgache Ahmad Ahmad semble tout chambouler. Ôtée au Cameroun, la CAN 2019 cherche encore preneur. Tout le contraire de sa cadette de 2021 qui se jouera entre le Cameroun et la Côte d’Ivoire, sauf un nouveau revirement de la CAF comme elle nous en habitue déjà.

Par Ange Atangana

Retrait de la CAN : Une aubaine financière pour le Cameroun ? 

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Maquette barrage hydroélectrique de Nachtigal

Les fonds initialement alloués à la préparation de la CAN 2019 peuvent être redirigés pour la réalisation de plusieurs autres infrastructures indirectement liées au sport. Dans le cadre du nouvel exercice budgétaire, le gouvernement camerounais avait par exemple prévu une hausse des dépenses d’investissement de l’ordre de 36 milliards de FCFA par rapport à l’année précédente.

Le Cameroun a définitivement tourné la page de l’organisation de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2019. Toutefois, lors de la 22ème session du Comité central d’organisation (COMIP) de cette compétition tenue le 5 novembre dernier sous la présidence du Premier ministre (PM) Philemon Yang, le pays s’est engagé à poursuivre les chantiers exigés par le Comité exécutif de la Confédération africaine de football (CAF) pour les achever à temps, notamment fin mars de l’année prochaine. La réalisation complète de ces infrastructures s’avère d’autant plus importante dans la mesure où la nation d’Afrique centrale, entend officiellement engager les démarches pour accepter l’offre d’abriter plutôt la 33ème édition de la CAN, prévue en 2021.

Au-delà de la déception qu’elle a pu provoquer chez bon nombre de Camerounais, la décision de la CAF de retirer la CAN au pays des Lions indomptables devrait lui être bénéfique pour la réalisation de plusieurs autres infrastructures indirectement liées au sport. Surtout que le pays vit un contexte économique difficile, marqué par la chute depuis 2014, des prix de ses principales matières premières (pétrole, cacao, café, banane…) sur le marché international. « On aura moins de pression avec ce retrait de la CAN. Ce qui permettra de terminer sereinement les stades ainsi que les infrastructures hôtelières et de transport. L’argent initialement prévu pour la CAN peut alors être redirigé entretemps vers d’autres projets en cours de réalisation », note Simon Ngaba, économiste et expert en management de projets.

En effet, depuis pratiquement cinq ans, le Cameroun s’est lancé dans la réalisation de nombreux chantiers dans les domaines de l’énergie, le transport, la santé et même l’éducation. Toutes ces infrastructures s’inscrivent dans la politique des grandes réalisations initiée lors du précédent septennat du président Paul Biya. Mais l’achèvement de bon nombre d’entre elles  tarde encore faute de financements.

Outre les barrages hydroélectriques de Lom Pangar à l’Est, Memve’elle et Mekin dans le Sud qui sont pratiquement achevés et Nachtigal dont les financements sont déjà bouclés, l’Etat du Cameroun a besoin des fonds pour la construction des barrages de Grand Eweng (Littoral), Song Dong (Centre), Song Mbengue (Littoral), Kikot (Centre), Darak (Adamaoua) Makaï (Centre). Les études de faisabilité ont déjà été bouclées pour certains.

Dans le secteur des transports, maillon important du développement économique et commercial du Cameroun, les travaux de plusieurs infrastructures piétinent. C’est le cas de l’autoroute Lolabé-Kribi (38.5 km) qui permettra de désenclaver le nouveau port de Kribi, l’autoroute Douala-Yaoundé (215 Km) qui va relier aisément les deux principales villes du pays, l’autoroute Yaoundé-aéroport de Nsimalen (20,8 Km) qui permettra de désengorger l’entrée sud de la capitale, la route Djoum-frontière Congo (105 Km) qui va relier le Cameroun et Congo, les travaux des pénétrantes Est et Ouest de la ville de Douala…

Avec ce différemment de deux ans de la CAN, le Cameroun peut également se concentrer davantage sur ses projets de construction d’infrastructures dans le domaine de la santé (hôpitaux de référence) et dans l’éducation (universités, lycées et écoles) pour mieux assoir sa politique sociale.

Par Joseph Samuel Zoé